Lundi 8 juin 2026, des détenus de la structure d’accompagnement à la sortie de Pierre-Levée à Poitiers ont rencontré des employeurs potentiels lors d'activités sportives… suivi d'un job dating.
Une scène relativement inédite s'est déroulée au sein de la structure d’accompagnement à la sortie (SAS) de Pierre-Levée à Poitiers. Ce lundi, environ une trentaine de détenus ont commencé leur après-midi par diverses activités sportives, en compagnie de recruteurs locaux. Petits détails, ces détenus ignoraient qu'ils allaient interagir avec leurs potentiels futurs employeurs. Ce n'est qu'après un moment convivial autour d'une collation qu'ils ont appris qu'ils allaient passer des entretiens durant la seconde moitié de l'événement.
Laurent Cachau, directeur par intérim du centre pénitentiaire Poitiers-Vivonne, était sur place : « C’est une belle occasion d'établir des connexions par le biais des valeurs universelles du sport. » Cette initiative a été co-organisée par l’Union française des œuvres laïques d’éducation physique (Ufolep) pour la dimension sportive et par France Travail pour les perspectives d'emploi. « Il s'agit de la première fois que nous mettons en place un job dating sous cette forme. Cela permet d'éliminer les préjugés des deux côtés, » explique Sophie Burosse, directrice du Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) de la Vienne.
Six entreprises locales, sollicitées par France Travail, ont participé : KFC (restauration rapide), MATP (maintenance et travaux publics), ainsi que plusieurs agences d’intérim comme LIP, Randstad, et Partnaire. Les entretiens se sont tenus dans la cour de la maison d'arrêt, chaque recruteur ayant une table et une chaise pour interagir avec les détenus. « J’ai immédiatement accepté, car chacun mérite une seconde chance, » confie un recruteur de Partnaire.
Les interactions sportives ont permis de mettre en lumière des compétences qui ne se voient pas forcément sur un curriculum vitae. « J’ai constaté la cohésion d'équipe, les leaders naturels, et la manière dont chacun gérait la victoire ou la défaite. Le savoir-être est un facteur de plus en plus précieux dans le monde professionnel, » ajoute-t-il.
Préparer la réinsertion
François (30 ans) sort d'un entretien et déclare : « Ça s'est bien passé, le sport a facilité le contact. C'est utile pour nous. Cela nous motive pour la sortie et enrichit notre projet professionnel. » Les détenus qui choisissent de purger leur peine à la SAS doivent présenter un projet clair pour leur avenir professionnel. Ceux présents à Pierre-Levée n’ont plus que deux ans avant leur sortie. Certains bénéficient de semi-liberté, allant travailler durant la journée et rentrant en prison le soir. « Nous visons à autonomiser et responsabiliser les détenus pour les préparer au monde extérieur, » indique la directrice. L'objectif du SPIP est d'éviter une « sortie sèche », c'est-à-dire sans emploi, logement ou soutien.
« J’ai vu des profils intéressants qui veulent s’en sortir »
Les recruteurs ont-ils des préjugés face à l'embauche d'anciens détenus ? Le responsable du pôle BTP chez LIP intérim répond : « Dans la grande majorité des cas, cela ne pose pas de problèmes. Nous ne discutons pas de leur passé judiciaire. Pour la plupart, ce sont des personnes motivées et prêtes à s'investir. Aujourd'hui, j'ai rencontré des candidatures prometteuses qui aspirent à se relever. » Parmi les candidats, Théo (29 ans) confie : « Je suis peintre dans le bâtiment. Nous avons discuté de mon métier, il y a de bonnes opportunités. Je le recontacterai dès que je serai en semi-liberté. »
Lucas, 29 ans, témoigne que c'était son premier entretien : « Mon domaine, c'est la moto. Je suis propriétaire de deux garages à Paris et je n'avais jamais passé d'entretien auparavant. Je m'informe sur l'intérim. Lorsque je serai en semi-liberté, je disposerai déjà de contacts pour un poste comme préparateur de commandes. » Bien que les détenus ne soient pas disponibles immédiatement, pour beaucoup, ces entretiens constituent les premières étapes vers un emploi post-libération. Ils doivent impérativement se réinsérer dans la Vienne ou en Charente.
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