En novembre 2008, le député de l’UMP Jean-Marie Demange était au cœur d’une tragédie qui interpelle encore. Ce jour-là, son ex-maîtresse, Karine Albert, 45 ans, a été tuée avant qu'il ne mette fin à ses jours. Pourtant, la minute de silence qui a suivi à l’Assemblée nationale a occulté la violence de ses actes, rendant hommage à celui qui avait commis un féminicide sans mentionner la victime.
Les faits se sont déroulés à Thionville, où Demange a abattu Karine sur le balcon de son appartement après lui avoir infligé des violences physiques, une réalité choquante qui a été largement ignorée par les institutions publiques. Les Voix du crime, animée par Sophie Loubière, nous plonge dans une enquête sur cette affaire, soulignant comment la mémoire de Karine a été éclipsée par celle de son meurtrier.
Loubière, à travers son futur ouvrage Une minute de silence, publié en avril 2025, renouvelle l’attention sur la victimisation de Karine Albert. Elle indique : "C’est comme si on tuait deux fois Karine Albert. Une fois par balles, et une seconde fois par le mépris de la République". Cette réflexion met en lumière l’échec de la société à reconnaître la gravité du féminicide.
Jean-Marie Demange, ancien maire de Thionville et figure politique, a construit sa carrière sur un discours de pouvoir. Néanmoins, il a souffert d’une personnalité autoritaire et de délires paranoïaques, selon les témoignages recueillis par Loubière. Sa vie a basculé avec l'annonce par Karine qu'elle avait rencontré quelqu'un d'autre, une situation qu'il n’a pas su gérer, comme l’explique France Info.
La nuit fatidique, après des violences répétées, il a abattu Karine avant de mettre fin à ses jours. Sa tragédie personnelle a été, à tort, minimisée par de nombreuses personnalités politiques, y compris lors de cette minute de silence. Loubière rappelle qu'un message est ainsi envoyé : la souffrance des victimes est souvent négligée. Le Monde rapportait à l'époque la réaction des médias, qui souvent ont décrit ce meurtre comme un "crime passionnel", occultant la personnalité et l’humanité de Karine.
Les témoins de l'époque parlent d'un homme en détresse, mais également d'un individu ayant exercé un contrôle sur la vie de Karine, ce qui est symptomatique de nombreuses relations toxiques. La sociologue Anne Fougeron évoque le phénomène du "syndrome de la victime", où l’individu, ici Demange, est souvent mis en avant au détriment de la victime.
Alors que la société évolue vers une prise de conscience des féminicides, l'affaire Demange rappelle l'immense chemin qui reste à parcourir pour que soient entendues les voix des victimes, et que leur mémoire soit respectée. Comme le souligne l’experte en droit des femmes, Sandra Duflo, "il est impératif d'éduquer sur la nécessité de rendre hommage aux victimes, non pas aux bourreaux".







