Sérieusement impactée par la paralysie du détroit d’Ormuz, l’économie européenne peine à retrouver son rythme. Pour faire face à cette impasse, les Vingt-Sept ont décidé de sanctionner des responsables locaux de la Marine du Corps des Gardiens de la Révolution, accusés de contrôler le passage maritime et d’instaurer un système de péage. Ces mesures s’inscrivent dans une stratégie soutenue par les États-Unis.
Jusqu'à présent, les sanctions européennes étaient liées principalement aux violations des droits de l’homme, à la prolifération nucléaire et au soutien militarisé à divers groupes au Moyen-Orient. La nouveauté réside dans l’adoption d’un volet portant sur la « liberté de navigation ». C’est une première pour l’Union européenne, qui cible explicitement les entités et individus prenant part aux hostilités dans le détroit d’Ormuz. Ce corridor maritime vital pour le commerce international a vu son trafic diminuer de manière drastique, pouvant impacter considérablement l’apport d’hydrocarbures dans le monde.
Les États-Unis apportent également leur soutien à ces sanctions, pointant du doigt l'impossibilité pour les navires de naviguer librement et la nécessité de mettre un terme à ces droits de passage imposés par l'Iran. « Les ministres ont clairement affirmé que les actions iraniennes sont inacceptables », a déclaré Kaja Kallas, la cheffe de la diplomatie européenne, lors d'une réunion des ministres européens à Chypre.
Avant la guerre, plus de 30 000 navires empruntaient chaque année ce détroit, représentant environ 80 à 100 navires par jour. Cependant, depuis avril, le nombre de navires a chuté de plus de 90 %, n’atteignant plus que 6 à 8 navires en direction des marchés asiatiques, ce qui a des répercussions directes sur l’économie mondiale. Dès lors, la Commission européenne a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour 2026, passant de 1,4 % à 1,1 %, attribuant une part significative de cette révision à la hausse des prix de l’énergie découlant de la crise dans le détroit d'Ormuz.
Le contrôle du détroit d’Ormuz et ses implications géopolitiques
Tant l’Europe que les États-Unis ont un intérêt vital à résoudre rapidement cette situation, qu’ils considèrent comme provoquée en grande partie par eux-mêmes. Ils optent pour des mesures renforcées à l'encontre des commandants de la Marine des Gardiens de la Révolution, qui ont été accusés de préserver leur emprise sur ce point de passage stratégique et de mettre en place un système de taxation préjudiciable.
Les sanctions ciblent également le commandant Mohammad Akbarzadeh pour avoir menacé « d’utiliser des missiles ou des drones contre les navires» circulant dans cette zone. Parallèlement, Hamid Hosseini, représentant de l’Union des exportateurs indiens de pétrole et de gaz, est également sanctionné pour avoir soutenu cette politique de péage.
La stratégie américaine, soutenue par l'UE, semble posséder des dimensions géopolitiques plus larges. Washington envisage un contrôle durable du détroit d’Ormuz, qui pourrait leur donner un levier d’influence considérable, notamment aux dépens de la Chine, fortement dépendante des hydrocarbures de la région, et constituerait un instrument d’influence inégalé dans les marchés énergétiques mondiaux. Cette dynamique pourrait profondément redessiner les relations internationales dans le domaine de l’énergie.







