Ce samedi, les États-Unis ont déclenché une offensive spectaculaire contre le Venezuela, une initiative jugée "exceptionnelle" par les autorités américaines. Cet événement ajoute un chapitre controversé à l'histoire des interventions militaires de Washington en Amérique latine, qui remonte à plusieurs décennies.
Pour illustrer cette histoire, il suffit de se remémorer le coup d'état du 27 juin 1954, lorsque Jacobo Arbenz Guzman, alors président guatémaltèque, fut renversé par des mercenaires formés et financés par la CIA. Ce coup a été déclenché en réponse à des réformes agraires menaçant les intérêts de l’entreprise américaine United Fruit Corporation. Un documentaire de la BBC raconte que la CIA a reconnu officiellement son rôle dans ce renversement en 2003, au nom de la lutte contre le communisme.
En 1961, le fiasco de la Baie des Cochons a vu 1 400 exilés cubains, soutenus par la CIA, échouer dans leur tentative de renverser Fidel Castro. Les répercussions ont été considérables, non seulement pour Cuba, mais aussi pour les États-Unis, face à une propagande communiste qui en a pâti.
Les interventions américaines continuent alors de peser lourd sur le continent, notamment à Saint-Domingue en 1965, où des troupes ont été envoyées pour soutenir un gouvernement pro-américain contre un soulèvement populaire.
Washington a également apporté son soutien à plusieurs dictatures militaires dans les années 1970, particulièrement en Amérique du Sud. Augusto Pinochet, au Chili, a été un allié notable, le secrétaire d'État américain de l'époque, Henry Kissinger, ayant encouragé la junte argentine en 1976 à intensifier les répressions contre les opposants. Les documents déclassifiés révèlent que cette "sale guerre" aurait coûté la vie à plus de 10 000 Argentins.
Au cours des années 1980, la lutte contre le communisme a également conduit à des guerres civiles, notamment au Nicaragua, où les États-Unis ont clandestinement financé les Contras pour combattre le gouvernement sandiniste. Cette guerre a causé des ravages humains avec 50 000 morts, une situation exacerbée par la gestion militaire des crises par Ronald Reagan.
La frénésie interventionniste américaine culmine en 1983 avec l'opération "Urgent Fury" à Grenade, qui vise à sécuriser des ressortissants américains et déstabiliser un gouvernement jugé trop proche de Cuba, suivie par l'invasion du Panama en 1989 qui a abouti à la capture de Manuel Noriega. Selon le rapport d'Amnesty International, cette intervention a fait plusieurs milliers de victimes.
Alors que le monde observe l'évolution actuelle de la situation au Venezuela, il est indéniable que les actions des États-Unis ont, historiquement, laissé des cicatrices profondes dans le tissu social et politique de ces nations. Le professeur en relations internationales Pierre Haski indique que "ce nouvel épisode témoigne de la persistance du schisme entre les États-Unis et les gouvernements de gauche en Amérique latine, renforçant les tensions déjà présentes sur le continent".
À suivre : l’impact de cette intervention sur les relations diplomatiques en Amérique latine et les réactions internationales qui ne manqueront pas de surgir dans les jours à venir.







