En réponse aux restrictions sévères sur l'accès à Internet en Iran, la messagerie Bitchat a émergé comme une solution innovante pour les manifestants souhaitant communiquer sans connexion en ligne. Conçue par Jack Dorsey, cofondateur de Twitter, cette application tire parti de la technologie Bluetooth pour établir un réseau de communication décentralisé.
Depuis une semaine, les Iraniens font face à un black-out numérique imposé par le gouvernement afin de contrôler les manifestations en cours. Face à ces difficultés, l'usage de Bitchat a triplé, permettant ainsi aux utilisateurs de s'échanger des messages de manière sécurisée et sans nécessiter de connexion Internet, à l'image de situations similaires observées en Ouganda lors d'élections tendues.
Bitchat fonctionne sur un principe de réseau maillé : chaque téléphone devient à la fois émetteur et relais, permettant ainsi aux messages de circuler de proche en proche. Avec une portée directe d'environ 300 mètres, l'application devient encore plus efficace à l'approche des utilisateurs, renforçant le maillage de communication. L'absence d'inscription - ni numéro de téléphone, ni adresse e-mail - souligne la volonté de préserver l'anonymat des utilisateurs, qui se voient attribuer un identifiant aléatoire.
Les mécanismes de protection intégrés à Bitchat incluent des messages chiffrés et un mode d'urgence qui permet d'effacer instantanément les données en cas de danger. Dans le contexte iranien, où la censure et les coupures Internet sont monnaie courante, l'application représente un nouveau moyen de résister au contrôle étatique. Selon un analyste du numérique cité par Reuters, "là où Internet disparaît, la communication ne s'arrête pas". Cela illustre parfaitement comment Bitchat contribue à garder le lien entre les manifestants, leur permettant de partager des informations et de s'organiser sans risquer d'être détectés par les autorités.
Au-delà de l'Iran, Bitchat a été utilisée dans d'autres contextes, y compris au Népal et en Indonésie, pour contourner les restrictions gouvernementales. Son efficacité dans des environnements de plus en plus surveillés rappelle le rôle que des plateformes comme Twitter et Facebook ont joué lors des Printemps arabes. Cependant, Bitchat se distingue par son absence d'infrastructure centrale, ce qui la rend plus difficile à contrôler ou à neutraliser.
Cependant, cette liberté de communication soulève également des préoccupations. L'absence de modération peut permettre des abus et des comportements violents, comme l'ont constaté d'autres plateformes de messagerie décentralisées face à des mouvements de contestation. Des experts signalent que, bien que Bitchat offre une solution précieuse, il est crucial de surveiller son utilisation pour éviter des dérives.
Alors que la situation en Iran continue d'évoluer, Bitchat se positionne comme un outil vital pour maintenir le dialogue et l'organisation parmi les manifestants. Avec des milliers d'arrestations signalées, la capacité à communiquer librement pourrait s'avérer déterminante dans les semaines à venir.







