Un rapport accablant du consortium Forbidden Stories, regroupant plus de 30 journalistes de divers horizons, met en lumière l'état dramatique de la liberté de la presse au Mozambique. Sous le régime unifié du Front de libération du Mozambique (Frelimo) depuis près de cinquante ans, l'environnement médiatique est devenu un champ de répression où les journalistes sont systématiquement réduits au silence.
“Le Mozambique est un pays souvent éclipsé par les médias occidentaux. Pourtant, il est le théâtre d'extrêmes rarement observés ailleurs,” souligne le premier volet de l'enquête du consortium Forbidden Stories, intitulé “Mozambique Exposed”.
En à peine cinq mois, un collectif de plus de 30 journalistes originaires de 10 médias internationaux s'est attaché à documenter les violations graves subies par plusieurs journalistes et opposants politiques au Mozambique. Selon Forbidden Stories, plus de 400 opposants auraient été victimes d'actes de violence depuis les élections générales d'octobre 2024, avec un triste bilan de 55 morts.
Dans le cadre de cette répression, l'ONG Decide a rapporté plus de 4 000 arrestations et plus de 3 000 blessés durant les violences post-électorales.
Enseignant un tableau sombre, le Mozambique est également marqué par des irrégularités électorales répétées depuis la prise de pouvoir du Frelimo, et l'exploitation des ressources naturelles telles que les rubis et le gaz a généré des tensions croissantes, notamment dans la province de Cabo Delgado où des insurgés islamistes sont actifs. Cette région a subi plus de 6 000 décès et a engendré plus d'un million de déplacés depuis 2017.
“Rompre le silence”
Depuis les élections, “la répression s'est intensifiée dans tout le pays, et les membres de l'opposition ainsi que les journalistes sont de plus en plus souvent la cible d'attaques dans un climat d’impunité totale,” selon les révélations de l'enquête. Les enlèvements accompagnés de tentatives d'assassinat se multiplient sans aucun risque de poursuite.
“Les témoignages et les documents recueillis par Forbidden Stories impliquent directement les forces de sécurité de l'État, dont le Service d'enquêtes criminelles et l'Unité d'intervention rapide,” rapportent les enquêteurs.
Le second volet de l'enquête évoque l'enlèvement en janvier 2025 du journaliste Arlindo Chissale, figure emblématique de cette répression. En excellent témoin de l’engagement journalistique, son sort demeure incertain et illustre la précarité de la liberté de la presse au Mozambique.
“Les attaques contre les journalistes sont toujours ignorées. L’impunité est totale et il n’existe aucune responsabilité,” déclare Angela Quintal, directrice régionale Afrique du Comité pour la protection des journalistes (CPJ), alors que la liste des affaires non résolues s'allonge de jour en jour.








