Depuis près de quarante ans, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) se considère comme la gardienne de la foi catholique orthodoxe. Le 30 juin 1988, à Écône, en Suisse, l’archevêque Marcel Lefebvre a déjà ordonné quatre évêques sans la bénédiction de Rome, un acte qui avait entraîné son excommunication et poussé l'Église à parler de schisme.
Le 1er juillet, la FSSPX procédera de nouveau à des ordinations, cette fois pour quatre évêques, dont deux Français. Ce qui inquiète le Vatican, c'est que cette faction traditionaliste de l'Église catholique, souvent associée à l'extrême droite, ne cherche pas l'aval de Léon XIV.
« Ce sera un schisme », déclare avec fermeté l'abbé Albert Jacquemin, expert en droit canonique et ancien membre de la FSSPX, devenu aujourd'hui membre du diocèse de Paris. Depuis l'annonce des ordinations le 2 février, des échanges passionnés ont eu lieu entre Rome et Écône.
Dans sa lettre au supérieur de la FSSPX, le Pape a mis en garde contre les conséquences de ce geste sur la vie spirituelle des fidèles.
Un chapitre difficile
Les tensions semblent irrémédiables. La FSSPX, dans sa volonté de maintenir ses pratiques traditionnelles, a récemment publié une profession de foi de 154 paragraphes, déclarant : « La tradition contient les solutions aux crises modernes ». Les leaders de la Fraternité semblent ainsi déterminés à aller de l'avant, malgré les avertissements du Vatican.
« Les choses se sont mal engagées », explique l'abbé Jacquemin, soulignant l'intention de la FSSPX d'ordonner les nouveaux évêques, qu'importe la réaction du pape.
Le Vatican a déjà envisagé des sanctions. Les évêques ordonnés sans le consentement papal seront immédiatement excommuniés, car la consécration épiscopale doit être validée par le Saint-Siège.
Avec l'ordination de ces nouveaux évêques, l’objectif de la FSSPX semble clair : renouveler ses joueurs face à un leadership vieillissant. Parmi les nouveaux élus, figurent Marc Hanappier et Michel Poinsinet de Sivry, ainsi que le Suisse Pascal Schreiber et l'Américain Michael Goldade.
Ce phénomène, bien que préoccupant pour Rome, représente encore une minorité sur la scène catholique. Jean-Marie Guénois, expert en la matière, note que la FSSPX compte actuellement environ 600 000 fidèles dans le monde, dont 100 000 en France.
La montée de la tradition
Ce schisme potentiel est le dernier épisode d'une relation déjà tendue entre la Fraternité et le Vatican, qui remonte aux années 1970. La lutte pour le maintien des traditions catholiques face aux modernisations imposées par Vatican II continue de diviser l'Église. Comme l'indique l'abbé Jacquemin, leur défiance vis-à-vis des réformes est en grande partie à la racine de cette rupture.
Finalement, malgré les appels à la réconciliation, il est clair que la Fraternité Saint-Pie X montre peu d'indications d'une volonté de dialogue. Le défi que cela représente pour l’Église catholique reste une question brûlante à l’heure où la cohésion de la communauté est plus essentielle que jamais.







