Des tensions croissantes entourent le futur avion de combat européen Scaf. Mercredi, Dassault a accusé Airbus de saboter le projet alors que les dirigeants français et allemand peinent à décider entre le maintien de l'initiative ou un partenariat à deux avions.
"Airbus ne désire plus collaborer avec Dassault", a déclaré Eric Trappier, PDG de Dassault, qui représente la France dans ce projet phare de coopération lancé en 2017 sous l'impulsion d'Emmanuel Macron et Angela Merkel, auquel l'Espagne a adhéré en 2019.
Si le constructeur aéronautique Airbus, agissant pour l'Allemagne et l'Espagne, persiste dans cette position, "le projet est voué à l'échec", a-t-il ajouté.
Guillaume Faury, directeur d'Airbus, a récemment évoqué l'éventualité de deux avions de combat, si les gouvernements en expriment le besoin.
Airbus, qui a développé l'Eurofighter en collaboration avec le britannique BAE Systems et l'italien Leonardo dans les années 1980, cherche à jouer un rôle clé dans cette éventualité.
Dans ce contexte, Dassault, constructeur des Rafale, estime être le leader du projet, revendiquant l'expertise nécessaire pour concevoir un appareil de combat "de A à Z".
- "Excès de confiance" du côté allemand -
Selon Florian Aknin, consultant chez Roland Berger, "Dassault possède actuellement un avantage technique et opérationnel, alors qu'Airbus est favorisé sur le plan financier".
Les Rafale s'en sortent nettement mieux sur le marché des exportations que l'Eurofighter, grâce à leurs caractéristiques opérationnelles et de maintenance supérieures. D'après un spécialiste anonyme, il est à noter que BAE Systems fournit les commandes de vol pour l'Eurofighter, contrairement à Dassault.
Un autre enjeu important est que Dassault rechigne à partager ses connaissances avec ses partenaires, étant donné que les Rafale sont au cœur du dispositif de dissuasion nucléaire français.
Tom Enders, ancien PDG d'Airbus, a mis en garde les décideurs allemands contre un "excès de confiance" en matière de politique industrielle, face aux pressions des syndicats et de la Fédération allemande de l'industrie aéronautique qui souhaitent un avion de combat exclusivement allemand.
Il a insisté sur le fait que le coût et le temps nécessaires pour réaliser un tel projet seraient colossaux : "Cela siphonnerait les budgets de défense pendant des décennies, sans optimiser la capacité opérationnelle de l'armée de l'air à court terme", a-t-il déclaré dans une tribune.
Avec un accroissement significatif de son budget militaire, l'Allemagne est désormais peu encline à faire des compromis sur les programmes de défense, selon Aknin.
Eric Trappier a affirmé à l'AFP : "Si la France me demande de concevoir un avion de combat, j'accepterai le challenge, en maîtrisant les coûts. Plus vous coopérez, plus cela entraîne de dépenses. Par exemple, l'Eurofighter est plus onéreux que le Rafale."
Yan Derocles, analyste chez Oddo BHF, souligne qu'il est invraisemblable qu'un seul pays européen puisse se lancer dans la conception d'un avion de nouvelle génération : "L'Allemagne n'a même pas les ressources nécessaires à cela".
- "Limites de l'influence française" -
Le chancelier allemand Friedrich Merz a déjà remis en question la nécessité d'une collaboration européenne sur un avion de combat, précisant que les besoins français diffèrent largement : "Les Français désirent un appareil capable de transporter des armes nucléaires et d'opérer depuis un porte-avions, ce qui n'est pas notre objectif".
De son côté, le président Macron maintient qu'il est crucial pour les Européens d'élaborer un modèle commun. Leurs décisions, attendues d'ici fin décembre, sont encore dans l'incertitude concernant le sort du Scaf.
Florian Aknin souligne l'importance personnelle que revêt ce projet pour Emmanuel Macron.
Pour finir, Austin Long, chercheur au MIT, indique que le Scaf reflète les limites de l'influence française en matière de défense européenne. "Il reste à déterminer si la dissuasion avancée que la France propose à l'Europe changera la donne, ce qui semble peu probable", lance-t-il à l'AFP.







