Quinze femmes, dont de nombreuses anciennes mannequins, ont sollicité le 19 mars la justice pour enquêter sur les potentiels liens entre Jeffrey Epstein et Gérald Marie, l'ex-patron de l'agence Elite Europe, qu'elles accusent d'agressions sexuelles.
Le dossier, précédemment classé, pourrait être réexaminé suite à la récente divulgation de documents concernant Epstein. Les quinze plaignantes, mêlant nationalités britannique, néerlandaise, américaine et suédoise, ont adressé une lettre à la procureure de Paris, Laure Beccuau, demandant une enquête approfondie.
« Nous avons toutes, sauf l'une d'entre nous, été victimes de viols ou d'agressions sexuelles commises par Gérald Marie sur le sol français », déclarent-elles, certaines d'entre elles étant mineures à l'époque des faits. « Aujourd'hui, âgées de 50 à 60 ans, nous exigeons justice », ajoutent-elles.
Parmi les signataires, l'ex-mannequin suédoise Ebba P. Karlsson et l'ancienne journaliste de la BBC Lisa Brinkworth se sont rendues à Paris pour remettre leur demande en main propre. « Nous souhaitons que les enquêteurs éclaircissent les relations entre Jeffrey Epstein et Gérald Marie et sa possible implication dans des activités criminelles », a déclaré Brinkworth.
Une enquête classée en 2023 pour prescription
Lisa Brinkworth accuse Gérald Marie de l'avoir agressée sexuellement dans une boîte de nuit à Milan en 1998, alors qu'elle menait une enquête sous couverture sur les agences de mannequins, se faisant passer pour une modèle. A l'époque, elle avait informé sa direction, qui lui avait conseillé de ne pas porter plainte afin de préserver son enquête.
Ebba P. Karlsson, pour sa part, raconte avoir été violée lors d'un entretien professionnel en 1990 avec Gérald Marie, après avoir été présentée par un recruteur de mannequins, Daniel Siad, qu'elle a aussi dénoncé pour viol. Ce dernier a nié les faits par l'intermédiaire de son avocate.
Brinkworth avait déposé plainte en 2020, à laquelle trois autres mannequins avaient joint leurs témoignages. Cependant, l'enquête a été classée sans suite pour prescription en février 2023.
« Des documents judiciaires et des courriels »
Les plaignantes estiment qu'avec la publication récente du dossier Epstein, les éléments pourraient être réévalués. La procureure de Paris a ouvert deux enquêtes : l'une pour traite d'êtres humains, l'autre pour infractions financières concernant Epstein. Elles affirment disposer de « documents judiciaires et courriels » illustrant la collaboration présumée entre Gérald Marie, Jean-Luc Brunel et Jeffrey Epstein, qui relieraient ces individus aux agences Elite Europe et MC2, créée par Brunel, accusé de viols sur mineurs et décédé en prison en 2022.
L’avocate de Gérald Marie, Me Céline Bekerman, rappelle que ces accusations ont déjà été examinées par la justice française, entraînant une décision de classement sans suite. « Gérald Marie attend les investigations avec sérénité », précise-t-elle.
Les signataires ont également sollicité la justice américaine pour examiner le rôlepotentiel des dirigeants d'agences de mannequins, dont Gérald Marie, dans l'exposition de jeunes modèles à Epstein.
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