"Nous n'avons jamais rencontré une telle situation ici dans l'Allier, même en plein cœur de l'été", déclare Philippe Sansa, directeur du service d'incendie et de secours (SDIS) du département. Les pompiers font face à des feux de forêt émergents dans des zones auparavant considérées comme à l'abri, et ce, pendant de plus en plus longtemps, selon les experts.
Des départements comme l'Allier, le Maine-et-Loire et le Lot-et-Garonne souffrent actuellement d'incendies qui se propagent dans les zones boisées, alimentés par des températures extrêmes. Météo-France a également annoncé que la Haute-Garonne et les Deux-Sèvres, pour la première fois cette saison, sont passés à un "niveau de danger très élevé" concernant les feux de forêt.
Cette situation n'est plus cantonnée aux départements méditerranéens au climat plus sec. "C'est un événement sans précédent pour nous d'être confrontés à de telles conditions dès le mois de juin", ajoute Sansa, en soulignant que la région était historiquement préservée mais que cela appartient désormais au passé.
Bien que l'Allier ne figure pas parmi les "52 départements particulièrement exposés aux risques de feux de forêt", tel que défini par un arrêté de classement en avril, les conditions présentes semblent créer un terreau fertile pour la calamité selon Christophe Chantepy, expert auprès de l'Office national des forêts (ONF). Les températures élevées, le vent propice et l'humidité faible sont des indices inquiétants.
En France, dit Chantepy, aucun département ne peut être vu comme "à l'abri" d'un incendie chaque année la liste des zones à risque s'allonge. Pour des régions allant de la Bretagne aux Vosges, la végétation accuse un stress hydrique, et des feux agricoles gagnent les forêts.
L'enseignant-chercheur Anthony Collin de l’université de Lorraine met en évidence un déficit de précipitations durant l'hiver, aggravant la situation. "Les nouveaux territoires à risque s’étendent largement", prévient-il.
Les prolongations de la période de danger sont alarmantes. Didier Marcaillou, directeur du SDIS de Charente-Maritime, signale que la canicule actuelle, combinée à celle de fin mai, a asséché la végétation. "Nous risquons un été particulièrement risqué", prévoit-il, rappelant les événements dramatiques de 2022.
Historiquement, les jours à risque se concentraient durant les mois de juillet et août, mais ils s’étendent désormais à juin, septembre et octobre, alerte Chantepy. Philippe Sansa, pour sa part, s'attend à voir ces conditions se maintenir jusqu'à septembre, parlant d'un "marathon", pas d'un sprint.
Les pompiers volontaires doivent faire face à des périodes d'engagements allongées, impactant la gestion des ressources humaines et matérielles. "Notre personnel est aguerri", assure Sansa, notant que les pompiers du Sud viennent souvent prêter secours et qu'un hélicoptère bombardier d'eau, loué pour la première fois, s'est ajouté aux outils disponibles pour lutter contre les incendies.
"Une canicule d'une telle ampleur et pour une durée indéterminée est préoccupante", conclut Chantepy, évoquant un été encore long à affronter.







