Le tribunal administratif a donné son feu vert, le 3 avril 2026, peu avant l'ouverture, pour le congrès musulman près de Paris, estimant que les inquiétudes du préfet de police concernant d'éventuels troubles n'étaient pas fondées.
Le congrès musulman prévu au Bourget ce week-end a été autorisé à se tenir, après qu'un jugement a été rendu seulement quelques heures avant le début. « Le tribunal suspend l’interdiction émise par le préfet de police », a précisé le communiqué du tribunal administratif de Paris, soulignant que « la liberté d'expression est essentielle à toute démocratie ». Le Congrès, organisé par Musulmans de France (MF), comportant conférences, expositions et stands, débutera donc à 14 heures et se poursuivra jusqu'à lundi au parc des expositions du Bourget.
La préfecture de police avait interdit cet événement, arguant qu'« dans un contexte national et international tendu », le congrès présentait un risque élevé de violence, notamment de la part de groupuscules d'extrême droite. Cependant, le tribunal a jugé que les preuves fournies ne démontraient pas de menaces spécifiques ou de contre-manifestations à venir.
Une victoire pour l’état de droit
De plus, le tribunal a contesté l'idée que la situation nécessitait une « mobilisation exceptionnelle des forces de police », notant que les organisateurs avaient déjà mis en œuvre des mesures de sécurité adéquates. « C'est une victoire pour l'État de droit », a déclaré l'avocat de Musulmans de France, Sefen Guez Guez, qualifiant la décision d'« apaisante » et permettant la tenue du rassemblement. « Nous sommes satisfaits que les considérations politiques n’aient pas influencé le tribunal qui a jugé l’interdiction illégale », a-t-il ajouté.
Me Guez Guez avait indiqué que l'interdiction, sollicitée par le ministre de l'Intérieur, visait « uniquement à soutenir un projet de loi », Laurent Nuñez ayant récemment annoncé un nouveau texte contre le séparatisme, complétant la loi de 2021.
1.700 réservations
Cette 40e édition signale le retour du Congrès du Bourget après six années d'absence dues, en partie, à la pandémie et aux défis rencontrés par Musulmans de France, fédération d'associations musulmanes ayant pris la relève de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) en 2017. Selon les organisateurs, l'édition de 2013 avait rassemblé près de 170.000 participants, mais le nombre a chuté par la suite.
Le représentant de la préfecture de police avait noté, durant l'audience, que 1.700 réservations avaient été effectuées et que l'on attendait jusqu'à 4.000 participants supplémentaires chaque jour. « Ce n'est pas une décision dirigée contre les musulmans ou l'islam », a-t-il affirmé. L'interdiction avait suscité des réactions au sein de la gauche; le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, dénonçant un « deux poids, deux mesures », tandis que la députée LFI Mathilde Panot qualifiait la situation de « scandale ».
Recours devant le Conseil d’État ?
Le représentant de la préfecture a souligné que « la priorité était de prévenir les troubles à l'ordre public », considérant qu'il fallait mobiliser 200 CRS pour sécuriser l'événement, alors que les forces de police sont déjà engagées dans un rassemblement de soutien pour le nouveau maire de Saint-Denis. Il a précisé que si la décision était annulée, la préfecture envisagerait un recours auprès du Conseil d'État.
Le congrès du Bourget est prévu d'accueillir un large éventail de personnalités, incluant auteurs, imams, philosophes et entrepreneurs. Cet événement survient alors qu'inquiétudes grandissent au sein de la communauté musulmane en France, chiffrée entre cinq et six millions, qui a vu une augmentation des actes anti-musulmans de 88 % en 2025, selon des sources officielles.
Le congrès a également lieu peu après la publication d'un rapport controversé sur l'islamisme politique, qui présente Musulmans de France comme « la branche nationale » des Frères musulmans en France, ce qu'ils démentent fortement.







