Entre un marché immobilier stagnant et la forte concurrence chinoise, le secteur de l'ameublement commence à ressentir les effets d'une crise persistante, entraînant plusieurs enseignes citées en liquidation.
« Après une période de prospérité post-Covid », le secteur de l'ameublement traverse une phase difficile, se retrouvant « en régression », alerte Jean-Charles Vogley, directeur général de la Confédération nationale de l'équipement du foyer (Cnef). Récemment, Casa a disparu en 2025, et cette contraction de la demande a également conduit à la faillite d'Alinéa, faisant disparaître plus de 1 200 emplois.
Dans un contexte difficile, Maisons du monde se bat pour attirer des investisseurs afin de redresser sa situation. Malheureusement, ses tentatives de renforcement de trésorerie et de réorganisation de la dette se soldent pour l'instant par un échec, menaçant ses activités futures.
« Ces entreprises, contrairement à beaucoup d'autres, avaient accumulé des pertes depuis plusieurs années », précise Jean-Charles Vogley. Cependant, cette tendance doit être considérée dans le cadre d'une contraction plus large du marché. Même des marques traditionnellement solides, comme Roche Bobois, ne sont pas à l'abri : celle-ci a enregistré une baisse de 35 % de son bénéfice net l'année dernière.
Un marché de l'immobilier toujours en berne
Les ventes dans le secteur, estimées à 13,6 milliards d'euros pour 2025, continuent de plonger pour la troisième année consécutive. Le léger rebond observé au second semestre de l'année dernière semble déjà s'essouffler. En février, une contraction de 4,2 % a été notée en valeur sur un an, selon une étude de l’Institut de la maison. Les résultats de mars, bien qu'attendus, devraient montrer une déscente de 6 %, selon son directeur général, Christophe Gazel, qui signale que la guerre au Moyen-Orient est l'une des causes de cette tendance.
Un tiers des meubles achetés est lié à un déménagement. Ainsi, une stagnation dans l'immobilier ralentit un tiers du marché.
Au-delà de ce contexte géopolitique instable, le secteur endure les conséquences d'un marché immobilier en déclin. « Un tiers des meubles achetés est directement associé à un déménagement. Alors, quand l'immobilier ralentit, un tiers du marché est déjà en difficulté », souligne Christophe Gazel.
La fast déco made in China
Des enseignes comme Casa et Alinéa, dont une large part des ventes dépend de la décoration, doivent maintenant faire face à une concurrence accrue de la « fast déco » en provenance de Chine, avec des acteurs comme Temu et des discounters tels qu'Action. « Les clients ne visitant pas les magasins pour la décoration, ils passent aussi à côté des meubles », résume Christophe Gazel.
Enfin, l'essor du marché de la seconde main, qui représente désormais un quart des meubles achetés chaque année, contribue à fragiliser encore davantage de nombreux acteurs, en particulier ceux issus de grandes surfaces. Néanmoins, certaines enseignes, comme Tikamoon, s'adaptent en rachetant leurs propres meubles à leurs clients et en leur offrant des bons d'achat en retour pour les revendre à prix réduit.
L'essor du sur-mesure
Face à la pression du marché, le secteur évolue « à marche forcée », note Jean-Charles Vogley, en s'orientant vers des segments plus prometteurs, comme la cuisine et les aménagements sur mesure. « Avec la montée des prix du mètre carré, les gens cherchent à maximiser leur espace », précise-t-il, mettant l'accent sur des « solutions de rangement dans les cuisines et dressings ». « Les consommateurs préfèrent de plus en plus aménager leurs foyers plutôt que de simplement les meubler », ajoute Christophe Gazel.
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Le géant suédois Ikea explore cette tendance depuis 2002, en promouvant une vision de « aménager sa maison par mètre cube ». Toutefois, les enseignes qui n'ont pas su anticiper ce changement se trouvent désormais avec des ressources limitées, car « les investissements nécessaires sont considérables ».
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