Damas (AFP) – Dans un contexte de tensions croissantes entre l'État syrien et les forces kurdes, le président Ahmad al-Chareh a pris une décision sans précédent en reconnaissant par décret les droits nationaux des Kurdes. Cette annonce, faite lors d'un discours télévisé, a marqué un moment charnière dans l'histoire récente de la Syrie, où la langue kurde sera officiellement enseignée et où le Nouvel An kurde, le Nowrouz, sera déclaré jour férié.
Pour la première fois depuis l’indépendance de la Syrie en 1946, le président a affirmé que les Kurdes, minorité estimée à deux millions dans un pays de 20 millions d’habitants, sont "une partie intégrante" de la nation. Ahmad al-Chareh a exprimé sa volonté de garantir leurs droits et a reconnu les souffrances subies par cette communauté au cours des décennies passées, marquées par l’oppression et la marginalisation.
Cette déclaration intervient à un moment délicat, alors que les négociations entre le gouvernement syrien et les Kurdes, visant à intégrer leurs institutions dans un cadre étatique, stagnent. Ankur, un expert en politiques syriennes, souligne que ce geste pourrait être interprété comme une tentative de pacification des tensions, tout en rappelant que les Kurdes contrôlent actuellement de vastes territoires nord-syriens, riches en ressources, suite à des victoires majeures contre le groupe jihadiste État islamique (EI).
Les récentes hostilités autour des quartiers kurdes d'Alep, où des combats ont éclaté, témoignent de l'incertitude persistante. Selon des informations de France 24, l’armée syrienne a intensifié ses opérations, pressant les forces démocratiques syriennes (FDS) à évacuer des zones stratégiques, tandis que des mouvements de civils sont observés, illustrant une situation humanitaire volatile.
Le chef des FDS, Mazloum Abdi, a annoncé un retrait de leurs forces, soulignant un effort pour désamorcer la situation au vu de tensions internationalement reconnues. Ces événements soulignent la complexité de la dynamique entre le gouvernement syrien et les forces kurdes, exacerbée par le contexte régional et international.
« Il reste à voir si ce décret se traduira par des changements tangibles sur le terrain », affirme l'analyste Fabrice Balanche, ajoutant que l'avenir des relations syro-kurdes dépendra en grande partie des réactions à cette initiative. Le gouvernement, à travers cette initiative audacieuse, cherche non seulement à étendre son autorité, mais aussi à se positionner favorablement sur la scène internationale pour obtenir un soutien face à des défis internes majeurs.







