Le gouvernement pakistanais a officiellement déclenché une "guerre ouverte" contre les autorités talibanes ce vendredi, en réponse à une offensive afghane qui a eu lieu à la frontière la veille. En représailles, Islamabad a mené des frappes aériennes ciblant principalement Kaboul, mettant en lumière une escalade qui pourrait s'avérer dévastatrice.
Les forces aériennes du Pakistan ont attaqué ce vendredi matin plusieurs grandes villes afghanes, marquant un tournant alarmant après des mois d'échauffourées transfrontalières. Cette escalade suscite de vives inquiétudes quant à une conflictualité potentiellement durable. Des sources corroborant les informations de Sud Ouest rapportent déjà de nombreuses pertes humaines.
Des frappes après des heurts
Islamabad a déclaré avoir agi après une attaque de forces afghanes contre ses soldats. Le ministre de l'Information, Attaullah Tarar, a précisé que les frappes avaient ciblé des sites militaires dans la capitale afghane, ainsi que dans les villes de Kandahar et Paktia. Bien qu'aucune des deux parties n'ait proclamé une campagne militaire de grande envergure, la situation demeure tendue avec des pertes humaines élevées.
Les autorités pakistanaises justifient leurs frappes par des attaques continuelles venant d'Afghanistan, accusant les talibans de ne pas réguler ces affrontements sur leur territoire. Cependant, les talibans, à travers leur porte-parole Zabihullah Mujahid, affirment n'avoir pas autorisé l'usage de leur sol contre le Pakistan, tout en ne rapportant aucune victime dans les zones urbaines frappées.
Versions contradictoires et tensions croissantes
Les déclarations officielles continuent de diverger. Alors que les talibans confirment l'existence des frappes pakistanaises, ils revendiquent aussi des opérations d'envergure à la frontière pour répondre aux agressions répétées du Pakistan. Mujahid avance qu'un dialogue est préférable pour mettre fin à cette montée des tensions.
Le problème des militants TTP
Au cœur des frictions se trouve le Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP), un groupe militant dont les activités croissantes sont perçues par Islamabad comme une menace directe émanant d'Afghanistan. Depuis 2021 et le retour des talibans au pouvoir, les attaques de ce groupe se sont intensifiées, exacerbé la méfiance entre les deux nations. Des experts tels que Michael Kugelman, analyste de l'Asie du Sud, qualifient cette escalade de "dangereuse", rendant la situation inextricable.
Une trêve, négociée par des acteurs régionaux comme le Qatar et la Turquie suite à d'autres affrontements, n'a pas réussi à instaurer un accord durable. La diplomatie a peu de chance de faire un retour dans ce climat, comme l'indique l'analyste Qamar Cheema, qui estime que les options d'Islamabad sont désormais épuisées.
Fracture historique : la ligne Durand
Le conflit est en partie ancré dans l'histoire, la ligne Durand, frontière héritée de l'époque coloniale, n'ayant jamais été reconnue par Kaboul. Les tensions persistantes entre les deux pays, alimentées par des luttes de pouvoir menant à des ingérences et des critiques réciproques, témoignent d'un héritage complexe qui continue à affecter leurs relations.







