Face aux incertitudes entourant la proposition de loi Yadan dédiée à l'antisémitisme, les députés macronistes ont décidé de retirer ce texte controversé, établissant ainsi un engagement pour un projet gouvernemental à venir, devant être présenté "avant l'été".
Un responsable de l'entourage du Premier ministre a informé l'AFP que le gouvernement s'orientera vers "un travail transpartisan sur la lutte contre l’antisémitisme", à travers un projet de loi qui sera exposé en Conseil des ministres prochainement.
Dans un communiqué, le groupe Ensemble pour la République, dirigé par Gabriel Attal, se réjouit de cette annonce et a précisé que le texte du gouvernement reprendrait en grande partie la proposition du député Caroline Yadan. Toutefois, une source gouvernementale a rapidement précisé que le projet sera élaboré avec "l'ensemble des forces" parlementaires, insistant sur une approche "coordonnée et transpartisane".
Les deux camps politiques revendiquent la victoire. Caroline Yadan, représentant les Français de l'étranger, y compris Israël, s'est réjouie, affirmant que le prochain texte aura "force de projet de loi gouvernemental" et suggérant que "LFI a tout perdu". À l'opposé, la cheffe des députés Insoumis, Mathilde Panot, a salué la "victoire de la résistance parlementaire", qualifiant le projet de "enterrement de première classe" et annonçant que son groupe ne participera pas aux travaux préparatoires.
Initialement prévu pour examen à l'Assemblée jeudi et vendredi, le texte gouvernemental s'est retrouvé fragilisé face à une opposition grandissante. Il a perdu le soutien de certains membres du bloc central, réduisant ainsi ses chances d'adoption, surtout à cause de l'obstruction présente de la part des députés Insoumis.
Le texte Yadan visait à répondre à l'augmentation des actes antisémites, exacerbée par l'attaque du 7 octobre 2023 par le Hamas en Israël. Il cherche à élargir les délits de provocation et d'apologie du terrorisme, en y incluant la notion d'implicite, et à introduire un nouveau délit visant à criminaliser les appels à la destruction d'un État. Cependant, de nombreux critiques craignent que cela nuise à la liberté d'expression et renforce un amalgame dangereux entre les Juifs et l'État d'Israël.
Une pétition opposée à la loi a réuni plus de 700 000 signatures, accompagnée par diverses tribunes académiques et des manifestations étudiantes. Jeudi, deux manifestations ont rassemblé des centaines d'opposants au projet près de l'Assemblée, l'une lancée par des syndicats et l'autre par des associations pro-Palestiniennes.
Mathilde Panot a exprimé sa détermination : "Nous ferons tout pour empêcher la loi Yadan d'aboutir".
Au fil des jours, les occasions d'adoption de la proposition ont semblé diminuer. Les socialistes, qui avaient soutenu le texte en commission, ont récemment exprimé leur forte opposition en qualifiant le projet de "flou" et "dangereux". Le MoDem, allié du gouvernement, a affirmé ne pas voir d'avantages dans un texte qu'il considère nuisible à sa propre cause. D'autres députés du bloc central ont également exprimé leur malaise, certains allant jusqu'à demander un réexamen du projet.
Mercredi, le député LR Philippe Juvin a confirmé que, bien qu'il reconnaisse la nécessité de ce texte, certains éléments, notamment la notion d'implicite, posent problème. L'ancien président François Hollande a également fait savoir qu'il soutiendrait le texte, à condition qu'il soit "corrigé".
Une source gouvernementale a exprimé l'inquiétude quant à un manque de mobilisation au sein du camp gouvernemental, ce qui pourrait donner un avantage au Rassemblement national.







