Entre 1939 et 1948, près de 4 000 Indochinois furent réquisitionnés pour soutenir l'effort de guerre à la poudrerie Eurenco de Bergerac. Ce samedi 31 mai, un mémorial a été inauguré à la mairie de Creysse, marquant le premier lieu de mémoire consacré à ces travailleurs en Dordogne.
Les deux portraits, composés chacun de 1 200 photos, représentent une fraction des vies d'hommes et de femmes qui, comme tant d'autres, ont été contraints de travailler dans des conditions épouvantables. À 78 ans d'intervalle, cet hommage rend visible une histoire longtemps passée sous silence.
À l'inauguration, environ 300 personnes, y compris des élus et l'ambassadeur du Vietnam en France, ont assisté à cette cérémonie émouvante. Parmi eux, Cindy, petite-fille d'un ancien travailleur, était en larmes, témoignage poignant de la souffrance silencieuse de ces familles. "Il n'en a jamais parlé. Découvrir le visage de ceux avec qui il a partagé cette épreuve est très émouvant. Je suis submergée par l'émotion," a-t-elle déclaré.
Les frères Sylvestre et Sylvain, descendants de travailleurs indochinois, confirment que le sujet demeurait tabou au sein de leur famille. "On n'osait pas lui poser des questions. Même en grandissant, on avait l'impression qu'il y avait des choses qu'il valait mieux ne pas aborder. Aujourd'hui, grâce à cette exposition, nous avons l'impression d'apprendre à connaître notre père," expliquent-ils.
Sylvette, leur sœur, s'est également jointe à eux, cherchant ardemment la photo de leur père parmi les 2 400 portraits exposés. "Il était crucial que mes enfants connaissent cette partie de l'histoire familiale, que nous avons, hélas, été incapables de leur transmettre,” a-t-elle ajouté, entourée de ses petits-enfants.
La demande de reconnaissance officielle des souffrances des travailleurs indochinois émerge clairement. "Leur histoire est inédite et mériterait d’être enseignée dans nos écoles. Personne ne sait que les travailleurs ont été forcés à quitter le Vietnam, qu'ils ont souffert voire été maltraités lors des traversées," a souligné une descendante, exprimant l'espoir d'une sensibilisation accrue.
De plus, la municipalité de Bergerac envisage de développer une exposition photo pour commémorer ces travailleurs, prévue à proximité du site de la poudrerie Eurenco.
Ce mémorial, plus qu’un simple hommage, représente une réhabilitation d'une mémoire collective longtemps ignorée. Les discussions actuelles sur le sujet témoignent d'une volonté de restaurer la dignité de ces vies sacrifiées pour un conflit dont beaucoup d'entre nous ignorent encore les détails.







