Avez-vous déjà envisagé de vous baigner, et ce, malgré les avertissements concernant les cyanobactéries, ces algues bleues qui pullulent dans nos rivières ? Cet été, ces interdictions risquent de se multiplier, l'augmentation des vagues de chaleur entraînant une élévation de la température de l'eau, propice à leur développement.
Ce phénomène ne s'explique pas uniquement par le réchauffement climatique; l'usage d'engrais et les déversements lors des pluies, notamment provenant des stations d’épuration, exacerbent la situation. Depuis quelques décennies, la fréquence et l'intensité des proliférations d'algues bleues ont considérablement augmenté.
Le principe de précaution au cœur des décisions
« La montée des températures accélère les processus biologiques, y compris la photosynthèse, favorisant ainsi les efflorescences », souligne Sébastien Duperron, professeur à Paris et expert en écologie microbienne. Toutefois, la prévision de l'apparition des cyanobactéries demeure complexe et imprévisible. Selon Muriel Gugger, directrice du département de microbiologie de l’Institut Pasteur, « la température seule ne suffit pas à établir un seuil d’alerte. Chaque souche a des préférences thermiques variées ».
Les autorités prennent donc les devants en analysant la qualité de l'eau régulièrement. Si des niveaux critiques de chlorophylle sont détectés, indiquant une possible prolifération de cyanobactéries, les mairies peuvent prendre la décision de fermer temporairement les plages. Cela permet de procéder à des tests pour repérer les toxines produites par ces organismes.
En quête de toxines
Parmi ces toxines, la microcystine est particulièrement préoccupante, car elle peut nuire au foie par ingestion ou inhalation. « La faune aquatique peut souffrir d'accumulations de ces substances, parfois avec des conséquences fatales », précise Benjamin Marie, écotoxicologue au muséum d'histoire naturelle de Paris et chercheur au CNRS. Muriel Gugger rappelle qu'une eau trouble est un signe révélateur : « Si, en entrant dans l’eau, vous ne voyez pas vos pieds dans les premiers centimètres, il est prudent de sortir ».
Danger de l’eau trouble
La présence d’une couleur verte dans l’eau peut indiquer une prolifération de cyanobactéries ou de microalgues. Cependant, Sébastien Duperron rappelle que cela peut également résulter de sédiments en suspension. Il alerte sur le fait qu'après une efflorescence, même si les cyanobactéries meurent, leurs toxines peuvent rester dissoutes dans l'eau pour plusieurs jours.
Bien qu'aucun cas d'intoxication mortelle n'ait été enregistré à ce jour en France, la vigilance reste de mise. Les jeunes enfants sont particulièrement vulnérables, car ils ingèrent généralement davantage d'eau que les adultes : « Il est crucial de veiller à ce qu'ils ne consomment pas d'eau contaminée durant la baignade », conclut Muriel Gugger.







