En un siècle, la France a perdu plus de 90 % de ses cafés et bistrots. En 2026, il ne resterait que moins de 40 000 établissements, dont le Café de la place à Saint-Mars-la-Brière, une commune de 2 700 habitants en Sarthe. Ce café est bien plus qu'un simple lieu de consommation ; il représente des pratiques sociales et culturelles que l'association "Bistrots et Cafés de France" propose de faire inscrire au patrimoine immatériel de l'Unesco. La patronne, Stéphanie Rameau, tient cet établissement ouvert tous les jours, et celui-ci est devenu un point de rencontre essentiel pour la population locale.
Des semaines de 60 heures pour la patronne
Installés au comptoir, Jean-Marc, 62 ans, et Romain, 40, partagent leurs réflexions : "On arrive ici, on se met les pieds en éventail, on boit un petit verre, on discute avec les copains. On est en détente ici. On connaît les parents, on voit les enfants grandir. Parfois, on ne connaît même pas le nom de famille, mais on se connaît bien." Pour Jean-Marc, un village sans café devient vite une "cité dortoir".
Au Café de la place, Stéphanie accueille environ 600 clients par jour malgré la baisse de fréquentation due à l'inflation et au marché parallèle du tabac. "Je travaille 60-70 heures par semaine. J'arrive à me verser un salaire, mais certains mois, c'est compliqué", confie-t-elle. C'est un témoignage poignant du dévouement d'une gérante qui lutte pour maintenir ce symbole vivant au cœur de la communauté.
Trouver le bon gérant
L'association "Bistrots et Cafés de France" espère que l'inscription à l'Unesco ouvrira la voie à une fondation capable de soutenir les relances de bistrots. Cela inclurait des aides administratives et financières pour les nouveaux gérants et une formation adaptée. L'ambition est d'ouvrir un bistrot dans chacune des 22 000 communes qui en sont dépourvues d'ici 15 ans. Le ministère de la Culture doit décider si cette initiative sera soutenue d'ici la fin avril.
Cependant, les défis restent nombreux. Philippe Biaud, ancien maire de Ligron dans la Sarthe, où un café est resté fermé pendant près de cinq ans, souligne : "La difficulté, c'est de trouver des personnes prêtes à s'investir au quotidien pour faire vivre ces établissements." Une vérité qui résonne dans de nombreuses communes françaises où le café est un lieu de convivialité et d'échange.







