La passion pour la vigne ne décroit pas, et cela se manifeste par l'essor de la viticulture biologique, portée par de jeunes viticulteurs désireux de produire des vins bio ou naturels. Toutefois, la réglementation entourant l'interdiction de certains cépages reste en vigueur, principalement pour les professionnels. En revanche, les jardiniers amateurs peuvent continuer à explorer ces cépages dans le cadre de la permaculture.
Les origines de l'interdiction des cépages
L'interdiction de cépages spécifiques remonte à la crise du phylloxéra (1865-1885), une calamité causée par un insecte qui a ravagé le vignoble français. Cette crise a poussé à l'hybridation entre les vignes européennes (Vitis vinifera) et des variétés américaines résistantes (Vitis riparia, Vitis labrusca, Vitis rupestris). Le greffage de cépages européens sur des porte-greffes américains a non seulement sauvé le vignoble, mais a aussi engendré des hybrides qui, au début du XXème siècle, représentaient plus de 30 % des cultures viticoles. Cependant, un décret du 24 janvier 1935 a prohibé leur plantation, une décision toujours applicable aujourd'hui, en conformité avec le règlement (CE) n° 479/2008 du Conseil de l'UE.
Dans les années 1950, la liberté de planter des hybrides a été restreinte, les cépages étant classés en catégories : recommandés, autorisés ou tolérés. Cette classification a mis un terme au développement des cépages hybrides. Plusieurs raisons ont été avancées pour justifier cette prohibition :
- La surproduction de l'époque était incompatible avec des variétés très productives, ce qui aurait pu nuire à l'économie viticole.
- Des craintes liées à la qualité des vins issus de ces cépages, souvent jugés inférieurs dans les comparaisons de l'époque.
- Une volonté de préserver le prestige des régions viticoles labellisées.
Il faut également reconnaître que l'après-guerre a vu une croissance de l'utilisation des produits phytosanitaires, entraînant un éloignement des cépages hybrides résistants.
Les cépages interdits aujourd'hui
Parmi les cépages américains toujours interdits en viticulture professionnelle, six variétés emblématiques ne peuvent être cultivées depuis 1935, malgré leur intérêt potentiel pour la viticulture amateur :
- 'Clinton' : hybride connu pour ses arômes de framboise.
- 'Noah' : cépage aux raisins sucrés rappelant la fraise.
- 'Isabelle' : avec un goût de framboise, très convoité.
- 'Jacquez' : apprécié pour ses notes épicées de cassis.
- 'Othello' : raisins avec une saveur distinctive, souvent consommés comme fruits.
- 'Herbemont' : cépage résistant, avec des arômes rappelant le cassis.
Ces cépages, malgré leur absence dans le domaine professionnel, peuvent encore être cultivés par des amateurs pour leur consommation privée, ce qui mérite réflexion quant à leur réhabilitation potentielle.
Actuellement, le secteur viticole continue d'utiliser des méthodes de greffage pour sélectionner des variétés résistantes tout en préservant les caractéristiques des cépages traditionnels. Comme le souligne Maud Roulot, auteure de Un jardin nourricier, l'importance de la diversité végétale et la durabilité dans les pratiques agricoles sont plus essentielles que jamais.







