La justice britannique pourrait-elle mettre fin à la fête des avocats d'affaires et à leurs factures astronomiques ? D'après une information du Financial Times, Alberto Safra, un milliardaire brésilien, a récemment obtenu la révision de plus de 35 millions de dollars de frais juridiques émanant d'un grand cabinet américain. Ce litige annonce une tendance croissante : l'explosion des tarifs dans le secteur du "Big Law". Un juge a ainsi accepté d'analyser en profondeur toutes les factures fournies par le cabinet pour s'assurer de leur légitimité.
Dans le cadre de cette affaire, la Haute Cour de Londres a été saisie par Alberto Safra, plaidant contre les charges imposées par le cabinet WilmerHale, qui œuvre dans des conflits familiaux autour d'un héritage lucratif. Alberto est le fils de la légende bancaire Joseph Safra, considéré comme le "banquier le plus riche du monde" avec une fortune dépassant les 20 milliards de dollars.
Malgré sa richesse, les factures exorbitantes peuvent donner le vertige. En 2023, il a ainsi été facturé jusqu'à 162.000 dollars en une seule journée par des avocats travaillant jusqu'à 17 heures par jour. Les associés du cabinet en question ont facturé jusqu'à 2.100 dollars de l'heure. Le juge en charge de cette affaire a également soulevé des préoccupations sur le niveau des coûts, faisant allusion à un manque de transparence dans les informations communiquées au client.
11.000 dollars le vol
Le juge Colum Charles Leonard a déclaré : "Je n’avais encore jamais rencontré un cas où de tels niveaux de coûts étaient engagés avec aussi peu d’informations fournies au client".
Alberto Safra a également contesté les frais liés à ses déplacements, notamment un vol New York-Londres facturé 11.000 dollars. Toutefois, le juge a précisé que, bien que certains coûts, comme la restauration, puissent être remises en question, la plupart des dépenses demeuraient conformes aux exigences du dossier et à la nature des services offerts. Le cabinet avait convenu que les déplacements s'effectueraient en classe affaires.
Cette affaire n'est pas un cas isolé. Elle s'inscrit dans un contexte de flambée généralisée des tarifs pratiqués par les grands cabinets internationaux. Aux États-Unis, les tarifs horaires dépassent souvent les 3.000 dollars pour les avocats les plus renommés. Selon des informations relayées par Reuters, le cabinet Susman Godfrey pourrait même proposer des tarifs atteignant 4.000 dollars de l'heure pour certains de ses associés d'ici 2026, contre 3.000 dollars l'année précédente.
"Si quelqu'un facture un tarif horaire plus élevé que Bill et moi, merci de nous le faire savoir afin que nous puissions revoir nos tarifs à la hausse", a ironisé Neal Manne, un associé de Susman Godfrey.
Un rapport du Thomson Reuters Institute, en partenariat avec l'Université de Georgetown, indique que les avocats américains ont augmenté leurs tarifs d'environ 7% en 2025, une tendance récurrente. Ainsi, chez Latham & Watkins, les honoraires de certains associés vont atteindre 3.050 dollars de l'heure en 2026, une forte hausse sur un an.
Des acteurs du luxe
Les grands cabinets d’avocats semblent évoluer vers un modèle de luxe, imposant leurs prix à une clientèle de multinationales et de grandes fortunes peu sensibles au coût. Les transactions et litiges d'envergure se chiffrent souvent en milliards de dollars, rendant des honoraires même élevés, acceptables en raison des enjeux.
Cependant, des signes de contestation émergent. De plus en plus de clients fortunés commencent à remettre en question des factures jugées abusives et certaines entreprises cherchent à optimiser leurs dépenses juridiques, en se tournant vers des cabinets moins prestigieux ou en négociant des forfaits. Des cabinets explorent de plus en plus des alternatives, telles que des tarifs fixes ou indexés sur les résultats, une tendance accélérée par les avancées technologiques, qui compliquent la justification de certaines facturations élevées.







