Depuis quelques semaines, l'armée ukrainienne concentre ses efforts sur les infrastructures pétrolières en Russie. À la suite des tensions croissantes au Moyen-Orient, Kiev a ciblé des installations cruciales telles que le port d'Oust-Louga, le principal site d'exportation sur la mer Baltique. Ce port, qui traite habituellement 700 000 barils de pétrole par jour, a subi des frappes les 25, 27 et 29 mars, provoquant des incendies visibles depuis l'espace. Le gouverneur de la région, Alexandre Drozdenko, a confirmé des dégâts considérables sans fournir plus de précisions. Les services de sécurité ukrainiens ont annoncé que ces attaques avaient été menées par des drones parcourant plus de 900 kilomètres.
À titre d'exemple, d'autres installations victimes de ces attaques incluent les ports de Novorossiysk et de Primorsk, ainsi qu'une raffinerie à Kstovo, distante de 1 000 kilomètres de Kiev. La raffinerie de Kirichi, la deuxième plus grande de Russie, a également été touchée le 27 mars.
Ces frappes sont d'autant plus significatives dans un contexte où la Russie profite d'une hausse des prix du pétrole, ses recettes ayant doublé en mars, selon l'Agence internationale de l'énergie.
Des frappes précédées par des attaques sur les défenses aériennes
Comment l'Ukraine parvient-elle à frapper des cibles aussi éloignées, quatre ans après le début de l'invasion russe ? Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a souligné que l'amélioration des drones est due à des avancées technologiques constantes. "Nous avons parfois des opérations où plusieurs cibles sont détruites, mais d'autres fois, l'accent est mis sur une seule", a-t-il expliqué.
"Le stockage de nos drones a considérablement progressé, permettant encore plus de frappes", a-t-il ajouté.
Les défenses russes ont également été très ciblées, avec un rapport de Tochnyi indiquant que plus de 492 frappes ont été menées contre des infrastructures de défense entre juin et début mars.
Le Kremlin réagit
Les frappes ukrainiennes, bien que non inédites, s'intensifient et touchent des cibles de plus en plus éloignées. Par exemple, la raffinerie d'Oufa, située à 1 500 kilomètres du front, a été récemment attaquée. Cette nouvelle capacité d’action militaire donne à Kiev un avantage stratégique, selon Ihor Fedirko, directeur du Conseil ukrainien de l'industrie de défense. Selon une analyse de Reuters, ces attaques ont conduit à l’arrêt d’au moins 40 % de la capacité d’exportation de pétrole russe, un phénomène inédit dans l’histoire moderne russe, alors que le prix du baril de Brent avoisine les 100 dollars.
Cependant, ces perturbations ne semblent pas affecter sérieusement Moscou, qui redirige son pétrole vers l'Asie. Des pays comme l'Inde ont considérablement augmenté leurs importations de pétrole russe, atteignant 1,5 million de barils par jour, soit une hausse de 50 % depuis le début de la crise.
Des frappes ukrainiennes innovantes
Ces attaques, menées à l'aide de drones et de missiles, sont principalement le résultat d'initiatives locales, plutôt que d'un soutien militaire occidental. L'entreprise Fire Point, spécialisée dans les drones à longue portée, a émergé depuis l'invasion, affirmant fabriquer des missiles capables d’atteindre 3 000 kilomètres. Le président Zelensky a déclaré que l'Ukraine possède désormais une force offensive de missiles en opération, soulignant le potentiel d'exportation de son savoir-faire technologique.
Les capacités de production sont estimées à près de 35 milliards de dollars par an, promettant un avenir riche en innovations. Selon Fedirko, "nous ne faisons que commencer" à exploiter ces capacités.







