Quelle sera l'ampleur des dépenses publiques liées à la guerre de Vladimir Poutine ? Dans une lettre adressée aux membres du gouvernement russe, Silouanov a révélé que les coûts militaires en Ukraine sont sur le point de dépasser les prévisions budgétaires de 2.000 milliards de roubles (environ 24 milliards d'euros) pour cette année. Une situation alarmante qui pousse le Kremlin à envisager des coupes profondes dans le budget pour les années futures.
D'après le document consulté par le Financial Times, le déficit engendré par ces dépenses militaires pourrait atteindre 4.000 milliards de roubles d'ici 2026 dans le pire des scénarios. Pour faire face à cette perspective, Anton Silouanov appelle à un gel de 2.900 milliards de roubles de dépenses publiques, ce qui représente environ 35 milliards d'euros.
Près de 40% du budget de l'État consacré à la guerre
Cette note interne souligne les difficultés croissantes de Moscou à financer son effort militaire, alors que la Russie a déjà engagé la somme colossal de 16.840 milliards de roubles (200 milliards d'euros) pour la défense et la sécurité, représentant près de 40% de son budget total. Le Kremlin prévoyait initialement un déficit budgétaire de 3.800 milliards de roubles pour 2026, mais en seulement quatre mois, le déficit dépasse déjà 5.900 milliards, soit 2,5% du PIB. Il s'agit du déficit le plus élevé enregistré par la Russie depuis le début de l'invasion de l'Ukraine en 2022, comme l'indique le Financial Times.
Cependant, cette situation a été temporairement atténuée par une hausse inattendue des prix du pétrole, atteignant plus de 100 dollars le baril, profitant à la Russie avec des recettes attendues d'environ 200 milliards de roubles (2,4 milliards d'euros) provenant des exportations d'hydrocarbures. Néanmoins, cette gratification reste insuffisante, freinée par la hausse du rouble et les subventions versées par l'État aux compagnies pétrolières.
"Nos réserves ne sont pas infinies"
Dans une interview accordée au journal russe Kommersant, le ministre des Finances a reconnu que son département doit réviser le budget pour s'adapter aux changements économiques. Il a exprimé la nécessité de concentrer les ressources sur des priorités cruciales et a averti que de nouvelles coupes seront inévitables :
"Nos réserves ne sont pas infinies. Nous ne pouvons tolérer de faiblesses financières alors que le monde connaît des transformations majeures. Le gouvernement est en constante quête d'équilibre dans les finances publiques."
Cette situation militaire, au moment où le conflit entre dans sa cinquième année, ternit un climat économique déjà troublé. Le ministère de l'Économie a récemment réduit ses prévisions de croissance pour 2026, tablant sur seulement 0,4%. La croissance projetée pour l'année prochaine est désormais de 1,4%, en baisse par rapport aux 2,8% initiaux.
Un conflit trop cher pour durer ?
Bien que certains responsables russes cherchent à minimiser ces déséquilibres en les présentant comme des fluctuations économiques normales, des voix politiques commencent à s'inquiéter du coût réel de la guerre. Renat Souleïmanov, député au Parlement, a exprimé la nécessité de mettre fin au conflit le plus rapidement possible en raison des conséquences économiques désastreuses.
"Comment peut-on parler de développement ou d'investissement lorsque 40% du budget fédéral est alloué à l'armée ? Cette situation alimente l'inflation et affecte les dépenses essentielles comme les services sociaux."
Ainsi, en janvier, le ministère des Finances avait déjà demandé aux agences gouvernementales de réduire de 10% les dépenses considérées comme non essentielles, tout en épargnant les budgets sociaux et militaires.
Pour Alexandra Prokopenko, chercheuse au Carnegie Russia Eurasia Center, la note de Silouanov démontre que le Kremlin privilégie ses ambitions militaires au détriment de l'avenir du pays. Elle conclut dans le Financial Times : "Le financement de l'effort de guerre l'emporte sur d'autres priorités, ce qui signifie que les coupes affecteront les budgets des infrastructures et des services publics."







