Les voitures électriques prennent le volant au Nigeria, malgré les coupures de courant

Au Nigeria, la transition vers les voitures électriques se heurte aux coupures de courant.
Les voitures électriques prennent le volant au Nigeria, malgré les coupures de courant
©Temiloluwa Johnson, AFP - Un conducteur recharge sa voiture électrique dans une station de recharge publique près de Lagos le 3 juin 2026, au Nigeria

Conduire une voiture électrique au Nigeria, où les interruptions d'électricité font partie du quotidien, n'est pas sans défis. Pourtant, certains automobilistes choisissent cette voie innovante.

Khalifa Abubakar Alhassan, 22 ans, est l'heureux propriétaire d'une berline noire de Neta Auto. Il profite des heures nocturnes pour recharger son véhicule, lorsque l'électricité est généralement plus disponible dans son quartier d'Abuja, la capitale fédérale. "L'approvisionnement en électricité varie d'un quartier à l'autre", précise-t-il.

Pour Alhassan, investir dans un véhicule électrique représente une économie significative dans un contexte où le prix de l'essence a crû de 650% depuis le début de l'année, en grande partie à cause de l'arrêt des subventions et de l'inflation provoquée par divers facteurs économiques, y compris des tensions internationales.

Le Nigeria, premier producteur de pétrole d'Afrique, considère l'adoption des véhicules électriques comme une clé de sa stratégie de transition énergétique. Le pays vise un parc automobile quasi entièrement électrique d'ici 2060.

Le gouvernement encourage également la production locale de véhicules électriques. Depuis le 1er juillet, des exonérations sur les droits d'importation sont en vigueur pour faciliter cette démarche.

Cependant, des défis persistent. De nombreux automobilistes se tournent vers des générateurs de chantier pour recharger leurs voitures, ce qui contredit l'objectif écologique. Environ 90 millions de Nigérians n’ont pas accès à l’électricité, selon la Banque mondiale, un chiffre alarmant pour une nation de 230 millions d’habitants.

Le Nigeria se classant au quatrième rang du PIB d'Afrique, son réseau électrique demeure l'un des plus fragiles, gâché par des décennies de mauvaise gestion et de corruption, notamment par rapport à des pays voisins, moins riches.

- Au Nigeria, "on s'adapte" -

Selon l'Agence internationale de l'énergie, plus d'une voiture vendue sur cinq à l'échelle mondiale est électrique. Les chiffres pour le Nigeria sont rares, mais des optimistes comme Mosope Olaosebikan, PDG de NEV Electric, espèrent voir croître le secteur. Il projette une station de recharge capable de desservir 3 000 véhicules par jour, la plus grande d'Afrique, équipée à la fois de panneaux solaires et de gaz naturel comprimé pour alimenter ses chargeurs.

"Quand j’ai lancé mon entreprise il y a quatre ans, la question principale était : 'Où recharger leurs véhicules ?'" rappelle t-il. Sa station, située dans le quartier huppé de Maitama, est un exemple de l'adaptation nécessaire à la réalité nigériane.

Florence Boboye, de Saglev, un constructeur de voitures électriques basé à Lagos, ajoute: "Dans cette partie du monde, nous nous adaptons !" Même le recours à des générateurs diesel peut s’avérer plus avantageux économiquement que de faire fonctionner une voiture classique.

Sur le terrain, devant une station de recharge d'Abuja, des femmes vendent des produits frais tout en observant des modèles électriques comme le Tesla Cybertruck. Malheureusement, même les modèles chinois, jugés accessibles, restent hors de portée pour une majorité d'habitants, plus de 60% d’entre eux vivant en dessous du seuil de pauvreté.

Cependant, des avancées commencent à se profiler. Dans l'État de Borno, des bus électriques nouvellement mis en service proposent des tarifs très avantageux (50 nairas, soit moins de 4 cents), une bouffée d'air frais dans un secteur en crise à cause des coûts croissants du carburant. "Quand ces bus sont arrivés, j'ai pleuré de joie", témoigne Dauda Adamu, chauffeur de bus.

À l'échelle fédérale, le Nigeria a instauré en début d'année des taxes écologiques sur les véhicules utilisant des moteurs lourds, exemptant ainsi les véhicules électriques.

Pour Muhammad Abdulahi, 34 ans, les coupures de courant ne sont pas un problème. Avec son système d'énergie solaire hors réseau, il utilise une hybride pour visiter sa famille à Kaduna, là où les infrastructures de recharge sont absentes. Dans un pays dont les infrastructures doivent encore être développées, il voit dans son hybride une option pratique et économique.

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