Dans des conflits récents, la tactique de peindre des avions au sol pour tromper l’adversaire reste utilisée. Cette méthode vise à provoquer des dépenses militaires inutiles, comme l'utilisation de missiles coûteux pour cibler des leurres. Afin de prévenir ces gaspillages, la start-up Orus travaille sur un satellite hyperspectral qui devrait voir le jour d'ici 2025.
Ce satellite sera capable d'analyser la composition matérielle de chaque pixel d'image, offrant une profondeur d’analyse limitée aux simples images satellites. Orus ambitionne de développer un système déployable en constellation, indépendant des technologies chinoises et américaines.
Les applications militaires de cette technologie sont vastes. Par exemple, elle pourrait servir à analyser le terrain pour éviter que des véhicules ne s’y enracinent ou à repérer des branches mortes utilisées pour dissimuler des systèmes d’artillerie. Laurent Escarrat, à la tête d’Orus, évoque un éventail d’utilisations qui va bien au-delà du seul domaine militaire.
Le coup d'envoi de cette initiative a été donné par un partenariat avec l'agence d'innovation de la défense et la Direction générale de l’Armement. Orus a également conclu un accord avec le Centre national d'études spatiales (CNES). Cette entreprise innovante de 25 salariés a vu le jour au début de 2024.
Un produit rapide et efficace
Les images provenant de leur satellite seront complémentaires à celles du projet européen Copernicus. La genèse d’Orus remonte à la pandémie de Covid-19, alors que Laurent Escarrat s'est aperçu des longs délais et des coûts liés aux missions scientifiques traditionnelles.
Selon lui, "il était essentiel de développer un produit livrable rapidement, même si cela implique une performance légèrement inférieure à celle des grands projets internationaux". Orus se distingue en promettant un produit industrialisé, qui ne dépend pas de technologies étrangères.
"Nous souhaitons rendre cette technologie accessible pour divers domaines, y compris l’agriculture de précision et l’étude des changements climatiques," déclare Laurent Escarrat.
Les responsables d'Orus envisagent également des applications en cas de catastrophes naturelles. Par exemple, en cas de déversement de polluants, leur technologie permettra d'identifier rapidement la source du problème. Yann Chemin, un des scientifiques en charge du projet, a ajouté : "Chaque pixel aura une signature unique, facilitant ainsi une analyse précise de l'environnement."
Pour traiter les informations récoltées, Orus développe un algorithme basé sur l'intelligence artificielle, capable de classifier chaque image reçue. Laurent Escarrat souligne : "Une image contient un million d’informations à traiter, c'est un défi que nous sommes prêts à relever. Pour garantir une efficacité maximale, nous avons mis en place un jumeau numérique pour simuler le fonctionnement de notre satellite avant son lancement."
Le projet nécessite un investissement conséquent. Orus a levé 5 millions d'euros l'année dernière, un montant qui servira au lancement de trois satellites supplémentaires d'ici 2028 et d'un modèle de nouvelle génération en 2029.







