La traque des prête-noms en Thaïlande : entre fermeté et inquiétude

La campagne anti-prête-noms en Thaïlande soulève de vives réactions parmi les expatriés.
La traque des prête-noms en Thaïlande : entre fermeté et inquiétude
Commerces dans la ville touristique de Phuket, en Thaïlande, juillet 2011 © Paul Brown / Rex Featur/REX/SIPA

À Phuket, Koh Samui ou Bangkok, le gouvernement thaïlandais intensifie sa chasse aux sociétés contrôlées par des étrangers via des prête-noms locaux. Bien que cette campagne soit annoncée comme un simple respect des lois, elle met en lumière les craintes d'une population face à l'emprise croissante des capitaux étrangers sur le marché immobilier et touristique. Dans ce contexte délicat, des expatriés expriment le besoin d'une médiation de la France, notamment à l'approche de la visite d'État du roi de Thaïlande à Paris.

Les opérations de police se multiplient dans des zones prisées telles que Phuket, Koh Phangan, Krabi et Phang Nga. Les autorités thaïlandaises ont lancé ce qui pourrait être la plus vaste offensive contre les montages permettant à des étrangers de posséder des investissements et des terrains dans le pays.

Baht dis donc !

La semaine dernière, 59 mandats d'arrêts ont été délivrés, entraînant l'arrestation de 48 personnes, tant thaïlandaises qu'étrangères, et mettant en lumière plus d'un milliard de bahts d'actifs immobiliers sous investigation. Initialement concentrés sur les stations balnéaires du Sud, les contrôles s'étendent à des villes comme Bangkok et Chiang Mai, où des analyses informatiques sont mises en œuvre pour identifier les sociétés suspectes.

Parmi les interpellés se trouvent des Français. Selon des témoignages d'expatriés, ces personnes sont souvent placées en garde à vue pour des périodes de 24 à 48 heures avant d'être libérées sous caution, typiquement autour de 400 000 bahts, avec des demandes additionnelles pour la restitution de passeports saisis jusqu'aux audiences judiciaires. Bien que ces expatriés reconnaissent la légitimité de la loi, ils critiquent la rigueur des mesures appliquées, ainsi que le manque de distinction entre les réseaux de criminalité organisée et les investisseurs responsables.

Particularité juridique exotique

Le cadre légal thaïlandais impose des limitations aux étrangers souhaitant investir. Selon le Foreign Business Act de 1999, de nombreuses activités économiques sont réservées aux nationaux, imposant un seuil de 51 % de détention pour les Thaïlandais dans les sociétés. Cela a permis l’émergence de cabinets spécialisés, offrant des solutions pour contourner ces règles via des prête-noms, provoquant une réaction gouvernementale visant à démanteler ces pratiques largement connues.

Pour mieux surveiller ces délits, le ministère du Commerce a renforcé les pouvoirs de son département de développement des affaires, qui croise les données des sociétés avec d'autres bases d'informations administratives. Les enquêteurs ont pour mission d’identifier les marques de contournement et les schémas d’actions entre propriétaires thaïlandais fictifs et leurs partenaires étrangers.

On est chez nous !

Les secteurs ciblés par cette offensive incluent l'immobilier, le tourisme et les services - des domaines en plein essor causant une montée des prix, provoquant ainsi un sentiment de dépossession chez de nombreux Thaïlandais. Cette initiative s'inscrit dans un contexte politique, où la question de l'emprise étrangère sur l'économie nationale est de plus en plus débattue, alimentée par des sentiments anti-étrangers croissants.

Avec un ralentissement économique persistant, malgré les signes de reprise touristique, un désir de protéger la souveraineté économique s'est alors intensifié. Dans cela, les autorités cherchent à prouver leur capacité à défendre les intérêts nationaux tout en attirant l'attention sur les préoccupations des petites entreprises.

Effets pervers

Cette répression pourrait, selon certains observateurs, causer des déséquilibres économiques dans les secteurs dépendants de l'investissement étranger. Alors que plusieurs groupes d'expatriés appellent à une réévaluation des mesures appliquées pour garantir un équilibre entre la légitimité des lois et les droits des investisseurs, ils notent que les méthodes de répression actuelles manquent de proportionnalité.

Alors que plusieurs témoignages évoquent des arrestations spectaculaires et des pratiques comme la confiscation prolongée de passeports, les expatriés demandent simplement que la lutte contre les montages frauduleux respecte les principes d’un procès équitable et de proportionnalité.

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