La Banque des règlements internationaux (BRI) a exprimé des inquiétudes sur plusieurs enjeux qui pourraient perturber l'économie mondiale. Dans un entretien accordé à l'AFP, Andrea Maechler, directrice adjointe de cette institution, a souligné des défis variés allant de l'inflation à la course aux investissements dans l'intelligence artificielle (IA).
- Inflations et tensions géopolitiques -
Le rapport annuel publié par la BRI souligne quatre points de tension majeurs : l'inflation, exacerbée par des conflits au Moyen-Orient et une flambée des prix des matières premières, y compris le pétrole. Des coûts augmentés pour des matériaux essentiels tels que les plastiques et l'hélium, nécessaires à la fabrication de semi-conducteurs, peuvent également avoir des conséquences critiques.
La montée des investissements dans l'intelligence artificielle a entraîné des perturbations sur les marchés boursiers récemment, suscitant des questions sur la viabilité de cette frénésie d'investissement. En troisième lieu, la BRI tire la sonnette d'alarme sur le risque excessif pris par les marchés financiers, qui pourrait nuire à la stabilité globale.
Enfin, les niveaux alarmants d'endettement posent d'autres défis, rendant les banques centrales réticentes à relever les taux d'intérêt, de peur d'aggraver la situation de la dette existante et de freiner la croissance économique.
« Chacun de ces points de tension pourrait être absorbé individuellement, mais leur interaction augmente les risques pour la stabilité financière », déclare Mme Maechler.
Le rapport souligne aussi que la hyper-croissance dans le secteur de l'IA a été bénéfique l'an passé, mais la rapidité des investissements et les méthodes de financement interrogent sur la durabilité de cette tendance. Un ajustement soudain du marché pourrait ainsi entraîner des pertes considérables.
- Réguler pour la résilience -
Les changements sur le marché obligataire, renforcés par la montée d'acteurs non-bancaires comme les fonds spéculatifs, soulèvent des inquiétudes supplémentaires. « En cas de perturbations, que ce soit dû à des variations des taux d'intérêt ou à l'humeur des marchés, des chaines de contagion pourraient se déclencher », met en garde la responsable de la BRI.
La BRI recommande une régulation stricte de ces acteurs non-bancaires pour renforcer leur résilience et leur capacité à absorber les risques. Cette mesure fait écho à l'augmentation des régulations instaurées après la crise financière de 2008, visant à protéger l'intégrité des banques.
En outre, pour permettre un margement de manœuvre aux banques centrales, il est crucial que les gouvernements réduisent leur endettement, selon les recommandations de la BRI. Les gouvernements devraient se concentrer sur des mesures temporaires et ciblées, surtout pour aider les populations les plus vulnérables face à l’augmentation des prix de l’énergie.
- Une indépendance préservée pour les banques centrales -
« Les banques centrales opèrent dans un univers complexe et incertain », note Mme Maechler. Elles doivent donc adapter leur communication et leurs outils pour gérer les anticipations d’inflation.
« L’indépendance des banques centrales est essentielle pour garantir la stabilité des prix et la confiance monétaire, fondements d’une économie saine », conclut-elle, ajoutant que cette autonomie est cruciale pour prendre des décisions parfois impopulaires mais nécessaires.







