Les stéréotypes de genre : un frein à l’excellence scientifique en France

Découvrez comment les biais de genre compromettent le potentiel féminin dans les STEM.
Les stéréotypes de genre : un frein à l’excellence scientifique en France

Le système éducatif français cherche à optimiser son potentiel en matière de talents scientifiques, mais une nouvelle étude de l’Institut des politiques publiques (IPP) signale un obstacle de taille : les biais de genre dans les évaluations scolaires. À partir d'une analyse de plus de 600 000 dossiers de terminale scientifique entre 2013 et 2017, l'étude révèle que la manière dont les élèves sont notés varie selon leur sexe, même lorsque leur performance est équivalente.

Un investissement mal orienté dans les capacités féminines

Dans le domaine de l’évaluation scolaire, l’appréciation est censée réduire l’écart d’information sur les capacités des élèves. Pourtant, en mathématiques, ce rôle de signal est biaisé. Pour une performance identique — mesurée par les notes du brevet —, les enseignants décrivent souvent les filles en tenant compte de leur comportement, en utilisant des termes comme « sérieux » ou « efforts », alors que pour les garçons, le vocabulaire est plus valorisant et axé sur les compétences, avec des mots comme « aptitudes » ou « potentiel ».

Cette tendance se renforce particulièrement dans les disciplines traditionnellement perçues comme masculines, telles que les mathématiques et la physique-chimie, qui par ailleurs offrent de nombreuses opportunités sur le marché du travail. Selon l'étude, dans 65 % des cas, il est possible de deviner le sexe de l’élève juste en observant le vocabulaire utilisé par les enseignants, un indicateur d'un biais souvent inconscient qui renforce l'idée que les talents scientifiques sont innés chez les hommes et le résultat d’un dur labeur chez les femmes.

Impact économique des stéréotypes sur les carrières scientifiques

Ce phénomène pose un problème économique crucial : la sous-représentation des femmes dans les filières STEM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques) représente un manque à gagner significatif pour l'économie. Actuellement, seulement 25 % des emplois dans ces secteurs sont occupés par des femmes. L'étude de l'IPP souligne que bien que les biais exprimés dans les appréciations aient un effet faible sur les notes finales (+0,8 rang pour les filles contre +0,4 pour les garçons), ils contribuent à créer un environnement peu propice à une remise en question des normes de genre.

Les chercheuses Pauline Charousset (IPP) et Marion Monnet (Université Bourgogne-Europe) notent que l'influence de ces biais sur l'orientation post-bac est limitée, ce qui laisse penser qu'ils établissent un plafond de verre lexical. Les institutions scolaires valident les compétences acquises par les filles sans mettre en avant leur véritable potentiel, un élément crucial pour s'engager dans des carrières mangées par la concurrence.

Une évaluation scolaire à repenser

Il est à noter que les enseignantes sont légèrement plus susceptibles d'utiliser un vocabulaire genré, ce qui témoigne d'une intériorisation des stéréotypes de genre plutôt que d'une discrimination délibérée. Dans ce contexte, des initiatives comme le plan « Filles et Maths », porté par Élisabeth Borne, visent à professionnaliser les pratiques d’évaluation pour éliminer ces biais.

En continuant à porter sur les filles une étiquette de « sérieux » au lieu de « douées » dans les matières scientifiques, le système éducatif rate une occasion d'équilibrer les forces en présence sur le marché du travail. La prise de conscience et la lutte contre ces automatismes sont des étapes indispensables pour une gestion plus équitable et sans stéréotypes du capital humain dès le secondaire. Comme l'affirme le sociologue Michel Wieviorka, il est temps d'évoluer vers une évaluation qui valorise réellement les compétences de tous les élèves, sans distinction de sexe.

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