L'intelligence artificielle (IA) promet de révolutionner notre quotidien, avec des avancées qui pourraient profondément améliorer la vie des individus. Toutefois, le rythme rapide de ces innovations, associé à des préoccupations croissantes sur leur régulation, suscite des inquiétudes parmi les experts et le grand public. Pascal Pellan, membre de l'Académie des technologies, propose une réflexion sur ce phénomène.
Les capacités étonnantes de l'intelligence artificielle pourraient être vues comme le début d'une ère nouvelle, mais il est essentiel de reconnaître les risques associés à une évolution incontrôlée. Des figures éminentes du domaine technologique, comme Bill Gates, soulignent la nécessité d'un encadrement efficace. En effet, Gates évoque le concept d'une société où le travail humain serait remplacé par une synergie avec des robots, laissant de nombreux individus dépendants d'un revenu de base. Cette perspective, tout en promettant une transformation sociale, menace de déshumaniser le travail, qui reste un pilier de notre identité.
Le transhumanisme, une autre tendance forte de l'IA, propose d'éliminer le vieillissement, le considérant non comme une fatalité mais comme une maladie à traiter. Des leaders de l'IA prévoient même l'éventualité d'une immortalité via la fusion homme-machine. Cependant, cette vision soulève des questions éthiques majeures sur les conséquences d'une vie éternelle dépourvue de corps. Les ressources considérables de ces projets représentent un défi pour la régulation, tant le risque d'une fracture sociale pourrait se creuser.
De surcroît, le concept de l'« homme augmenté » s'immisce de plus en plus dans notre société. La possibilité d'implants neuronaux pour optimiser les capacités humaines commence à émerger, faisant apparaître un débat sur l'égalité d'accès à ces technologies. Certains experts prônent même un droit à la neuro-augmentation pour permettre aux jeunes de s'adapter à un monde dominé par l'intelligence artificielle. Ces idées, qui peuvent sembler futuristes, posent pourtant une question urgente : à quel prix ce progrès sera-t-il réalisé ?
Il est tentant de balayer ces préoccupations en affirmant qu'il s'agit de scénarios dramatiques n'ayant aucune chance de se réaliser. Cependant, l'histoire récente montre que les évolutions les plus improbables peuvent se concrétiser. L’ancien président Jacques Chirac écrivait déjà dans un discours célèbre que « la maison brûle et nous, nous regardons ailleurs ». En ce qui concerne l'IA, jusqu'à quand pourrons-nous ignorer les implications colossales de cette révolution en marche ?
(*) Membre de l’Académie des Technologies.







