«Ils ne l’ont pas cru. J’ai perdu mon frère. C’est très dur.
Les larmes aux yeux, Émile évoque son demi-frère dont la mémoire a été célébrée le 20 mai dernier lors d'une manifestation sur le parvis des Droits de l’Homme à Bordeaux. Âgé de 37 ans, il a été retrouvé mort le 10 mars sur les berges d’un fleuve à Tegucigalpa, la capitale du Honduras.
C’est là où Rubén Torres était retourné après un long périple. Il avait, quinze ans plus tôt, dénoncé un membre d’un gang. Ce dernier, évadé de prison, l’avait menacé de mort, le poussant à quitter son pays natal pour la France, où son demi-frère avait lui aussi cherché refuge.
Accident ou meurtre ?
Une fois arrivé en France en décembre 2024, Rubén demande l'asile, une démarche rejetée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) en janvier 2025. Sa tentative de recours échoue également en juin 2025, et en septembre, il reçoit une obligation de quitter le territoire français.
« Il vivait dans la peur permanente »,évoque son avocat, Me Pierre-Antoine Cazaux.
Souhaitant tenter de reconstruire sa vie au pays, Rubén choisit de retourner en Amérique centrale grâce à une aide au retour. Mais après deux jours d’inquiétude, sa mère retrouve son corps. L’autopsie évoque un « accident », une version contredite par la mère, qui rapporte avoir constaté des traces de coups.
Alors que la question migratoire est au cœur des débats politiques, l’avocat du défunt souligne l’humanité derrière ces situations :
« Derrière les mots comme OQTF et demandeur d’asile, il y a des vies humaines, des espoirs, des rêves… Il n’y a pas de bons ou de mauvais étrangers, seulement des êtres humains. L’absence de protection envers Rubén est indiscutable.
Ce drame a suscité des réactions au sein de la Ligue des droits humains. Les membres de cette organisation alertent :
« On assiste à un système d’asile toujours plus dur et déshumanisé. »Serge Milhé, d'une association d'aide à la migration, a également souligné la détermination de Rubén à s'intégrer, condamnant les politiques d’immigration en France, jugées absurdes et mortelles.
La responsabilité de l’Ofpra est désormais mise en lumière. Alain Espinasse, directeur général de l’établissement, déclare :
« La mort d’un homme est toujours une tragédie. »Cependant, il souligne :
« Est-il réellement victime des menaces qui lui pesaient, ou d'autres causes ?
Cette triste histoire met en exergue les limites du système d’asile et les conséquences tragiques qui peuvent en découler, notamment pour les personnes fuyant la violence et la persécution.







