Un dernier combat contre le trafic de déchets à Bordeaux
Des milliers de tonnes de déchets ont été acheminées de manière illégale entre la Gironde et l'Espagne, où ils ont été enfouis clandestinement à Saragosse. Ce procédé, emprunté à un réseau complexe d'entreprises, est actuellement examiné par le tribunal correctionnel de Bordeaux.
Le procès, qui débute ce jeudi, est crucial. Les conclusions des enquêteurs pourraient influencer la perception de l'industrie du recyclage. Le dossier de trafic de déchets met en cause plusieurs sociétés, dont Green Récup', dirigée par un PDG et plusieurs cadres, ainsi que 3VR et Azzura, toutes basées en Gironde.
Une véritable filière à l'œuvre
Des contrôles récents à Blanquefort ont révélé des incohérences dans les registres de Green Récup’. Cette situation a conduit le parquet de Bordeaux à demander l'intervention de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement (Oclaesp). Parallèlement, près de Pampelune, une action citoyenne a conduit la Guardia Civil à découvrir des déchets entreposés par la société Iruservi, qui n'avait aucune infrastructure pour les traiter.
Les enquêteurs ont mis au jour un réseau où des entreprises françaises auraient contourné les réglementations. Les déchets expédiés en Espagne étaient présentés comme valorisables, alors qu'ils n'étaient pas en état d'être recyclés. À la traversée de la frontière, les documents auraient été révisés pour permettre leur enfouissement à Saragosse, esquivant des taxes importantes associées au transport de déchets non valorisables.
Ce système frauduleux aurait permis aux entreprises d'éviter des frais de traitement, représentant des centaines de milliers d'euros.
"Ce dossier révèle une véritable filière organisée", déclare Me François Ruffié, avocat de la Sepanso, partie civile aux côtés de l'association France Nature Environnement (FNE).
Toutefois, durant les audiences, les responsables des sociétés impliquées ont fermement nié l'existence de ce trafic, affirmant qu’aucune information leur avait été fournie sur ces opérations irrégulières.
Le phénomène du trafic illégal de déchets, qui toucherait l'Europe dans son ensemble, pourrait atteindre un coût estimé à 10 milliards d'euros annuels, une réalité inquiétante qui interroge les systèmes de contrôle environnementaux actuels.







