La Pologne, bien que prospère économiquement, vit sous une menace palpable. Le souvenir de l'invasion russe en Ukraine continue de hanter le pays, et les Polonais s'organisent pour se défendre. Avec des bunkers sécurisés pour les civils et la mise en place d'une ligne de défense, le pays est en alerte constante depuis quatre ans.
Les citoyens, déterminés à protéger leur nation, s'entraînent régulièrement. À proximité des frontières russes et biélorusses, d'anciens militaires participent à des clubs de tir. "En tant que Polonais, nous comprenons que rien n'est éternel. Nous avons souvent dû défendre notre liberté", déclare Tomasz Urynowicz, instructeur de tir. "Peut-être que vous, en France, ne vous sentez pas directement menacés. Mais ici, nous nous préparons, c'est instinctif," ajoute Krzysztof Malinowski, également instructeur.
En cas d'agression, ces hommes ont déjà constitué un petit arsenal. "Si les Russes osent franchir nos frontières, nous les attendrons," affirme Krzysztof. "Nous sommes prêts, mais ne cherchons pas la provocation," précise-t-il. Le programme "Être prêt", lancé par le gouvernement, vise à mobiliser les citoyens.
Des bénévoles formés par l'armée
L'armée polonaise ambitionne d'instruire 500 000 bénévoles dans des situations critiques. Ces civils apprennent à subvenir à leurs besoins en cas de crise. "Nous vivons une époque où l'acquisition de ces compétences est cruciale," affirme Kamil Szwit, un habitant de Varsovie. "Tout le monde sait que la menace existe ici. Personne ne s'attendait à une guerre en Ukraine, cela peut aussi arriver chez nous," ajoute Aneta Matysik, une autre citoyenne.
Dans la banlieue de Varsovie, des familles se préparent pour d'éventuelles évacuations, constituant des sacs d’urgence. L'incursion de drones russes dans l'espace aérien polonais en septembre a exacerbé les craintes. Pour faire face à cela, de nombreux abris de la guerre froide sont rénovés, notamment à Bialystok, où l'adjoint au maire, en charge de la sécurité, explique : "Lorsque cette porte est fermée, aucun gaz toxique ne peut pénétrer," affirmant que 200 personnes peuvent y séjourner pendant plusieurs jours avec l’ensemble des aménagements.
Des mines antipersonnel en préparation
À quelques heures de Varsovie, le village d'Asuny est au cœur d'un dispositif militaire récemment renforcé, un bouclier défensif contre l’enclave russe de Kaliningrad. Des dents de dragon en béton ont été installées pour bloquer les chars, tandis que des fossés et des mines antipersonnel sont à l’ordre du jour. Le lieutenant Krzysztof Godlewski explique : "Elles seront déployées en fonction de notre stratégie, si les tensions s'intensifient," soulignant la préparation continue des forces polonaises.
Les habitants de cette région, proche de ce renforcement défensif, se montrent résilients, s'accrochant à leur terre. "Qui achèterait ma maison ? Où devrais-je aller ? Nous sommes ici depuis la fin de la guerre," déclare une résidente. La sécurisation de la frontière polonaise s'intensifie sur des centaines de kilomètres, soulignant que pour les Polonais, cette défense est également celle de l'Europe entière.







