Le dépouillement des votes pour la présidentielle au Pérou se heurte à des contestations qui ralentissent le processus. Keiko Fujimori, héritière d'une dynastie politique controversée, conserve la tête des résultats, mais le duel pour la deuxième place s'intensifie, créant une atmosphère de tension au sein de la société péruvienne.
L'ancien maire d'extrême droite de Lima, Rafael Lopez Aliaga, admirateur affiché de Donald Trump, se trouve en compétition serrée avec le candidat de gauche radicale, Roberto Sanchez. Le second tour est prévu pour le 7 juin, et selon les derniers résultats, avec 93% des procès-verbaux comptabilisés, Fujimori est en tête avec environ 17% des voix, tandis que Sanchez et Lopez Aliaga stagnent chacun autour de 11,9%, le premier ayant un léger avantage de moins de 7 000 voix.
Le retard accumulé dans le dépouillement pourrait rendre la proclamation des résultats définitifs difficile à réaliser dans les semaines à venir. Les contestations concernent des milliers de procès-verbaux envoyés à des jurys électoraux spéciaux pour vérification, un processus qui, selon Alvaro Henzler, président de l'ONG Transparencia, pourrait prendre beaucoup de temps. Fernando Tuesta, politologue, ajoute qu'il ne serait pas surprenant que les conclusions officielles tardent jusqu'à fin avril.
Les enjeux sont élevés, et chaque décision des jurys peut modifier l'identité de l'opposant de Keiko Fujimori au second tour. Ce scrutin singulier, qui a réuni un intérêt exceptionnel avec 35 candidats, s’inscrit dans un climat de défiance régnant, amplifié par des accusations de fraude électorale et des problèmes logistiques.
La situation a été compliquée par des retards dans la distribution du matériel électoral, excluant plus de 50 000 électeurs du scrutin et obligeant les autorités à prolonger le vote d'une journée. Entre-temps, Lopez Aliaga a promis une récompense de 5 800 dollars pour des informations concernant d'éventuelles irrégularités, plaidant pour des élections transparentes. Sa déclaration a attiré l'ire de nombreux observateurs, y compris le parti de Sanchez, qui a dénoncé la possibilité de convoquer le pays vers le chaos.
Des plaintes ont également été déposées contre Piero Corvetto, le chef de l'Office national des processus électoraux (ONPE), pour entrave au bon déroulement du vote. En réponse, la mission d'observation de l'Union européenne a certifié qu'aucune preuve tangible de fraude n'avait été trouvée malgré les dysfonctionnements notés.
Plus de 27 millions de votants étaient attendus pour ce scrutin obligatoire, qui devait également renouveler le Parlement en revenant à un système bicaméral, une première depuis 1990. Les enjeux, notamment en matière de sécurité, augmentent avec la montée des crimes violents et des extorsions, car la plupart des candidats promettent des mesures strictes.
Quant à l'actuel président par intérim, José Maria Balcazar, son statut de ne pas pouvoir se représenter ajoute une couche supplémentaire de complexité à cette élection. Le Pérou cherche désespérément un leader pour sortir d'une crise qui a vu neuf présidents en dix ans.







