"Si un enfant vous confie qu'un animateur lui a touché les fesses, que faites-vous ?" À la nouvelle "académie des vacataires" mise en place par la ville de Paris, la formation des futurs animateurs porte sur le recueil de la parole des mineurs victimes de violences sexuelles.
Depuis deux mois, Alban Renoult, agent formateur, initie des jeunes adultes aux problématiques des "violences sexuelles sur mineurs" et des "violences éducatives ordinaires" lors de sessions de deux jours, spécifiquement conçues pour les animateurs récemment recrutés.
Suite à un climat de méfiance suscité par des cas récents de violences dans le milieu périscolaire, la participation à "l'académie des vacataires" est devenue une obligation pour les agents de ce secteur souvent précarisé. À Paris, parmi les 14.000 animateurs, plus de 10.000 sont des vacataires.
"Ce dispositif constitue la première étape vers l'école du périscolaire, dont l'ouverture est prévue pour septembre prochain", explique Isabelle Cordier, directrice de l'Ecole des métiers de la Direction des affaires scolaires (Dasco), qui a déjà délivré environ 430 attestations depuis le lancement du programme.
L'un des axes majeurs de cette réforme est l'instauration d'une "culture du signalement", accompagnée par une cellule d'écoute accessible tant aux parents qu'aux agents. L’objectif est de permettre aux enfants de s'exprimer librement.
Alban Renoult présente d'abord des statistiques alarmantes : un enfant sur dix en France est victime de violences sexuelles. Puis il lance des mises en situation, comme celle d'un élève de maternelle ayant besoin d'aide aux toilettes, soulignant que "ce n'est pas votre rôle; guidez-le à distance".
En abordant le cas d'un enfant de six ans relatant une agression, il souligne l'importance de traiter sa parole "comme une scène de crime". Le formateur insiste sur la nécessité d'être méthodique : "Recueillez les faits sans les réinterpréter, utilisez les mots de l'enfant, ne touchez pas l'enfant, et informez immédiatement le Responsable Éducatif Ville (REV)."
De nombreux stagiaires détiennent déjà le Bafa (brevet d'aptitude aux fonctions d'animateur), mais la formation actuelle met l'accent sur le cadre légal, contrairement à celle axée sur l'animation en soi. "Ici, on développe des compétences spécifiques pour prévenir et signaler les abus", précise Isabelle Cordier.
Les formateurs abordent également les "violences éducatives ordinaires", souvent invisibles mais fréquentes, comme les cris ou les punitions collectives, que certains adultes pensent bienveillantes. "Il est vital d'opter pour des méthodes ludiques", suggère Alban Renoult.
Sidonie Leroy-Bignon, une stagiaire de 25 ans, souligne qu'elle ne réalisait pas l'existence de ces violences dans sa propre enfance. "Je me sens rassurée par cette formation; ça me montre qu'un animateur a un rôle éducatif essentiel", témoigne-t-elle, reflétant la prise de conscience grandissante au sein du groupe.







