Face à un nombre record de chefs d'entreprise approchant de la retraite dans la prochaine décennie, le ministre des PME, Serge Papin, qualifie la reprise d'entreprise de "grande cause économique nationale". Cette initiative vise à accompagner les dirigeants dans la planification de leur cession.
Selon le ministère, près de 500.000 chefs d'entreprise pourraient envisager de céder leurs sociétés d'ici dix ans, impactant jusqu'à trois millions d'emplois : "C'est une transition essentielle qui pourrait rapidement devenir une crise économique si aucune mesure n'est prise", a précisé le cabinet du ministre à l'AFP.
Pour traiter cette question cruciale, le ministère organisera une journée de réflexion dédiée, réunissant plusieurs centaines de participants.
La transmission d'une entreprise est une démarche complexe qui peut prendre plusieurs années. Trouver un repreneur capable d'investir et de garantir la pérennité de l'entreprise constitue un véritable défi. "Il est fréquent que les cédants ressentent une anxiété qui les freine dans leur démarche de cession", indique le ministère.
Une étude de Bpifrance Le Lab, rendue publique fin novembre, révèle que 70 % des dirigeants planifiant une transmission dans plus d'un an n'ont encore commencé ni à réfléchir ni à collecter des informations sur le sujet.
Sur le plan psychologique, les résultats montrent que la majorité des cédants privilégient la continuité de l'entreprise et la préservation des emplois à un prix de vente élevé. L'importance des qualités humaines du repreneur est aussi soulignée, 40 % des cédants la considérant comme essentielle.
Les entreprises concernées sont principalement des PME : en 2023, 86 % d'entre elles comptaient moins de 10 salariés, selon la DGE.
Rémi et Gonzague, candidats à la reprise d’une menuiserie en Seine-Saint-Denis, ont récemment été avertis par un jury lors de la demande d’un prêt d'honneur de l’attention qu'ils doivent porter à la direction opérationnelle existante. "Vous êtes les nouveaux qui doivent apprendre à gérer les relations", leur a-t-on conseillé.
L'État adopte une approche prudente tout en suivant la tendance, en raison de l'impact de ces changements sur l’équilibre économique et territorial de la France. Des mesures seraient bientôt annoncées pour soutenir cette transition.
Serge Papin, qui a une expérience significative dans le domaine via Système U, souhaite explorer la possibilité de réformes facilitant les reprises par les salariés, à l'image du Pacte Dutreil, qui depuis 2003 allège le fardeau fiscal pour les transmissions familiales.
L'événement de jeudi a pour objectif de réunir différents acteurs autour de la table : entreprises, banques, élus et experts. Le ministère souhaite encourager les jeunes, qui sont souvent enclins à lancer de nouvelles entreprises, à s'intéresser également aux reprises.
Cette "grande cause économique nationale" se déclinera au fil des mois par diverses campagnes de sensibilisation. Face à l'ampleur de la situation, la mise en œuvre d'actions concrètes est essentielle pour éviter de rester passif pendant cette transition critique.







