Gilles Kepel, expert reconnu du monde arabe, a récemment partagé son éclairage sur les enjeux de la situation au Moyen-Orient dans l'émission "Tout est politique". Lors de son entretien avec Myriam Encaoua, il a évoqué la possibilité d'un accord de paix entre l'Iran et les États-Unis.
Myriam Encaoua : Le pouvoir d'achat des Américains pourrait-il être le point faible de la présidence Trump ?
Gilles Kepel : Effectivement, il semble que cette crise impacte profondément la guerre en Iran, où l'accent se déplace vers des enjeux économiques, loin du conflit armé.
Vous notez une baisse du prix du baril de pétrole. Quel est votre avis sur cette évolution ?
Il est crucial d'être prudent, mais nous constatons une décrue intéressante du coût du pétrole, qui a chuté de six dollars récemment. À la Maison Blanche, le président américain a même déclaré à l'AFP qu'un accord de paix avec l'Iran serait proche. Peut-on lui faire confiance ?
Il a fait cette affirmation de nombreuses fois. L'accumulation de mensonges peut créer du scepticisme, mais bizarrement, la cessation des hostilités est notable. Les forces iraniennes n'ont pas frappé récemment ; ce sont principalement des milices irakiennes qui ont gardé une certaine activité. Au Liban, on observe également une sorte de non-belligérance.
Les Iraniens sont-ils favorables à cette nouvelle phase ?
Il est difficile de l'affirmer sans données précises. Toutefois, l'Iran traverse une crise économique majeure, renforcée par les destructions d'infrastructures. Les efforts de contre-blocage américain semblent avoir un impact, bloquant des navires iraniens.
Est-ce une victoire tactique pour les États-Unis ?
Pour l'instant, oui. Beaucoup de voix disaient que les États-Unis n'oseraient pas contrôler des tankers avec pavillon chinois. Pourtant, ces navires ne volaient pas de pavillon authentique; ils transportaient du pétrole sous sanctions. Cette stratégie ralentit l'approvisionnement pétrolier pour la Chine et, par conséquent, affecte les revenus iraniens.
La Chine pourrait-elle influencer la réouverture, notamment dans le détroit d'Ormuz ?
Il faut rester attentif. Les déclarations des Iraniens sur une réouverture sont récentes. La Chine, bien qu'ayant des réserves, ne peut ignorer ses besoins en hydrocarbures vitaux pour son économie manufacturière. Si la situation perdure, les conséquences pourraient être sérieuses, notamment pour le transport aérien, avec déjà des réservations annulées chez des compagnies comme KLM et Lufthansa.







