Au moindre bruit à sa porte, Fatima al-Safadi imagine un instant revoir ses deux fils, disparus depuis près d'un an lors d'une opération d'Israël dans le sud de la Syrie. Depuis la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024, les frappes israéliennes se sont multipliées, entraînant la capture d’une cinquantaine de personnes, d’après les estimations officielles syriennes.
Mohammad (40 ans) et Ahmad (36 ans), les fils de Fatima, font partie des sept individus arrêtés par l'armée israélienne le 12 juin à Beit Jinn, un village près de Damas, avant d'être transférés en Israël pour interrogatoire. Assise dans sa maison modeste au pied du Mont Hermon, Fatima serre la photo de ses enfants. "J'entends souvent des coups à la porte, je me précipite pour ouvrir, mais je ne trouve personne," confie-t-elle à l'AFP, ajoutant qu'elle craint pour leur sort.
Sa joie, à l'annonce de la libération de la Syrie, a été assombrie par les arrestations successives. Fin 2024, Israël a renforcé ses positions dans la zone démilitarisée du Golan, à quelques kilomètres de Beit Jinn. Aïcha al-Safadi, une autre habitante, pleure son fils Hassan, emmené en juin 2025. "Je compte les jours et les nuits en espérant son retour," déclare-t-elle, implorant le gouvernement syrien d'intervenir pour faire libérer leurs fils.
Durant une opération menée le 28 novembre 2025, l'armée israélienne a tué 13 personnes à Beit Jinn, affirmant viser un groupe islamiste. Human Rights Watch a signalé que, depuis la chute d'Assad, les forces israéliennes ont installé des bases et opéré des arrestations arbitraires dans le pays, transférant des civils en Israël où ils restent détenus sans inculpation.
Dans la région, la présence militaire syrienne s'est considérablement réduite, les forces israéliennes occupant des bases stratégiques. Le responsable de Qouneitra, Mohammad al-Saïd, a rapporté que plus de cinquante personnes ont été enlevées par l'armée israélienne, ce qui soulève des inquiétudes sur les répercussions de ces actions sur la vie des civils.
Le porte-parole de l'armée israélienne a précisé que les arrestations étaient effectuées lorsque des soupçons de terrorisme pesaient sur les individus. Cependant, les témoignages de détention, comme celui de Mohammad Mahmoud al-Sayed, 45 ans, qui a vécu 65 jours d'incarcération, révèlent une réalité douloureuse pour les familles séparées.
"Chaque instant était un supplice... Pensez à ceux qui n'ont pas de nouvelles de leurs proches depuis plus d'un an," conclut al-Sayed, témoignant de l'angoisse persistante des familles face à l'incertitude qui règne dans la région.







