Le mardi 5 mai, le Parlement roumain a voté pour renverser le gouvernement du Premier ministre Ilie Bolojan, grâce à une alliance inédite entre les sociaux-démocrates du PSD et l'extrême droite de l'AUR. Accusé de mener une politique austère, Bolojan voit son autorité mise à mal, plongeant le pays dans une instabilité politique croissante.
Cette motion de censure a été adoptée avec 281 voix, surpassant ainsi les 233 nécessaires dans un Parlement comptant 464 sièges. Les conséquences de ce vote sont inquiétantes, alors que le climat politique en Roumanie semble encore plus tendu, surtout avec l'émergence d'une extrême droite en forte hausse, comme l'a souligné le politologue Costin Ciobanu.
En effet, en s'alliant à l'AUR, le PSD a permis à ce dernier de devenir un acteur central du paysage politique, alors qu'il était précédemment marginalisé. Avec environ 37 % d'appuis dans les sondages, l'AUR devance déjà le PSD, qui reste toutefois le plus grand parti au Parlement avec 130 élus.
Cette situation a été qualifiée de « fin de dix mois de gouvernance pro-européenne » par George Simion, le leader de l'AUR, qui a critiqué une administration jugée inefficace. Le PSD avait précédemment quitté la coalition gouvernementale pour protester contre des mesures d'austérité perçues comme accablantes pour les citoyens.
À la suite du vote, Sorin Grindeanu, chef du PSD, a estimé que Bolojan devrait démissionner pour permettre l'établissement d'un nouveau gouvernement. De son côté, le Premier ministre a qualifié la motion de censure de « mensongère », affirmant qu'il avait dû prendre des décisions difficiles pour le bien du pays.
Alors qu'il avait pris ses fonctions en juin 2025 à l'issue d'une période politique tumultueuse, Bolojan avait été soumis à des pressions constantes, notamment en raison des accusations d'ingérence étrangère dans les élections, exacerbées par la guerre en Ukraine.
Une crise politique aux conséquences incertaines
Le président pro-européen Nicusor Dan a déclaré que, malgré les turbulences, la Roumanie restera engagée vers une orientation pro-occidentale. « Les discussions politiques seront difficiles, mais il est de notre responsabilité de maintenir notre cap », a-t-il affirmé.
Costin Ciobanu, chercheur à l’université d’Aarhus, prévoit que les négociations pour former un nouveau gouvernement s'annoncent longues. Selon lui, il est probable que l'alliance pro-européenne soit maintenue, mais sans Ilie Bolojan à sa tête.
De plus, environ 30 ONG ont demandé l'exclusion du PSD du Parti des socialistes européens s'il persiste dans sa collaboration avec l'extrême droite. Malgré des accusations de dérive politique, le PSD affirme que son unique objectif restait de renverser Bolojan.
Pour conclure, cette série d'événements démontre une « angoisse existentielle » au sein du PSD, qui a vu son électorat détourné par l'extrême droite et qui lutte pour retrouver sa position d'antan. Dans un contexte où le déficit du pays atteint 7,9 % du PIB, l'avenir politique de la Roumanie est plus incertain que jamais.







