Le sociologue et philosophe de l'humanité, ancien résistant, Edgar Morin, est décédé à l'âge de 104 ans le vendredi 29 mai 2026.
Edgar Morin, connu sous le nom d'Edgar Nahoum, a marqué de son empreinte intellectuelle la scène française, avant de s'éteindre à 104 ans. Sa mort a été annoncée le 29 mai 2026.
Politiquement engagé, Morin a produit une œuvre vaste, défiant les conventions de la sociologie traditionnelle pour créer une réflexion sur l'humain à travers les sciences.
« Jusqu'à ses derniers jours, Edgar Morin est resté vigilant face au monde et à ses défis humains, » a déclaré son épouse, Sabah Abouessalam Morin. « Le vide qu'il laisse est immense, mais son héritage de courage et son exigence morale continueront de nous inspirer. »
Dans un monde en mutation rapide sous l'effet de la mondialisation, Edgar Morin était toujours une voix respectée dans le débat intellectuel. Sa pensée a nourri des réflexions sur l'évolution de nos modes de vie, le changement climatique et bien d'autres enjeux contemporains. Il avait accumulé 38 titres de docteur honoris causa et publié près de quarante ouvrages, traduits dans de nombreuses langues.
L'éloge de la complexité
Edgar Morin, qui se décrivait comme un « braconnier du savoir », a révolutionné notre façon de penser la connaissance en adoptant une approche pluridisciplinaire. En s'opposant à la fragmentation de la connaissance, il a cherché à relier des domaines souvent dissociés. Son concept de « pensée complexe » visait à unir ce qui semble distinct dans notre perception habituelle.
Précurseur de la « sociologie du présent », il s'est intéressé à des sujets peu explorés jusqu'alors : le cinéma, les nouvelles technologies, le sport, et les attentes de la jeunesse, par exemple. Dans son ouvrage phare, La Méthode, il affirme : « Plus nous connaissons l'humain, moins nous le comprenons. À force de dissocier les disciplines, nous vidons l'homme de sa vie, de sa complexité. Si nous ne comprenons pas cette complexité, nous finirons par étouffer. »
Morin, précurseur dans la réflexion écologique, a également publié des ouvrages tels que Terre-Patrie en 1992 et L'an I de l'ère écologique en 2007, coécrit avec Nicolas Hulot pour mettre en lumière les défis environnementaux que nous rencontrons.
Résistant et en accord avec lui-même
Edgar Morin a été l'un des derniers témoins de la Seconde Guerre mondiale. En 1941, il rejoint le Parti communiste et s'engage dans la Résistance, prenant le nom de Morin. À propos de cette période, il avait confié : « J'étais en accord avec moi-même et c'était un devoir d'agir. » En 2023, il racontait à la NR son engagement pendant l'occupation.
Son livre Autocritique publié en 1959 a marqué les esprits, où il aborde son exclusion du PCF ainsi que ses réflexions sur le stalinisme. De plus, il a été au centre d'une controverse pour avoir déclaré en 2002 que « les juifs qui ont subi une oppression imposent cette oppression à d'autres. » Bien qu'il ait été poursuivi pour antisémitisme, il a été acquitté en cassation.
« Vivre peut comporter certains risques »
Né le 8 juillet 1921 à Paris d'une famille juive originaire de Salonique, Edgar a connu une enfance difficile marquée par la perte de sa mère à l'âge de 10 ans. « C'était l'événement majeur de ma vie, » a-t-il confié à France Inter en 2019. Sa réflexion sur la vie et la mort a toujours été centrale dans son œuvre, abordant comment nos relations avec la mortalité structurent notre existence.
Dans une interview en 2023, il a déclaré : « Pour moi, le mystère réside dans la vie, pas dans la mort, ». Il avait partagé ses pensées sur l'angoisse de mourir et sa volonté de vivre chaque instant de manière poétique. Pendant ses dernières années, on pouvait le croiser dans les rues de Paris, profitant des plaisirs simples de la vie avant de s'installer à Montpellier pour profiter du soleil et des interactions sociales (Le Monde, 2019).
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