DÉCRYPTAGE - Le président américain ne cesse de clamer que sa défaite face à Joe Biden est le résultat d'un vol électoral. Cette obsession semble bien plus tactique qu'honorifique, masquant une stratégie précise en vue des élections de mi-mandat.
Il semble que Donald Trump suive une méthode simple : à force de répéter une affirmation, celle-ci pourrait devenir la réalité, un principe qu'il applique sans relâche concernant l'élection présidentielle de 2020. Au cours des six derniers mois, une analyse de Reuters a révélé qu'il a formulé 107 fois cette allégation erronée d'un scrutin volé, à une époque où les défis mondiaux, tels que les guerres au Moyen-Orient, occupent le devant de la scène.
Cette danse autour de la fraude électorale s'intensifie, avec des commentaires récurrents souvent enchaînés par vagues. Par exemple, un samedi d’avril, alors qu’un fragile cessez-le-feu était en vigueur avec l’Iran, Trump a tweeté sept fois sur son réseau Truth Social pour dénigrer le résultat de l’élection. Ces allégations ont été ruminées lors de six rencontres avec des figures internationales, lors de cérémonies sportives et même pendant les célébrations de Noël à la Maison-Blanche.
À Davos, en janvier, il a même averti que «des personnes seront bientôt poursuivies pour ce qu’elles ont fait», un écho que ses partisans interprètent comme une promesse de justice pour ce qu'ils considèrent comme une injustice électorale.
Récemment, lors d’un pique-nique à Washington avec des législateurs, il a réitéré ces inquiétudes. «Si Jésus-Christ était descendu sur terre pour compter les votes, j’aurais remporté la Californie», a-t-il déclaré, en qualifiant l'élection de 2020 d’«illégitime». Bien que ses propos soient souvent minimisés par ses collègues et rejetés par ses détracteurs, leur répétition semble avoir un but caché.
De sources anonymes au sein de la Maison-Blanche, il ressort que cette fixation sur l'élection de 2020 s'inscrit dans une stratégie plus large visant à justifier de nouvelles mesures restrictives sur le vote, à solidifier la loyauté envers le Parti républicain et à mobiliser les troupes avant les élections de novembre. En remettant en question la légitimité de l'élection de 2020, Trump prépare le terrain pour contester toute défaite républicaine future et affaiblir des actions démocrates qui pourraient émerger sous un contrôle démocrate du Congrès.
Alexandra Chandler, experte électorale de l’ONG Protect Democracy, explique : «Il tente de créer un brouillard de désinformation. Cela prépare le terrain pour d’éventuelles affirmations d’ingérence fédérale, sans surprendre le public.» En plein processus électoral de redécoupage dans certaines régions, Trump a dénoncé les résultats d’une élection en Virginie, clamant qu'ils étaient «truqués» sans preuves.
Les déclarations de Trump trouvent écho chez les électeurs républicains, comme le montre un sondage Reuters/Ipsos : 63 % des électeurs de ce camp croient à son récit concernant un vol électoral, contre seulement 9 % des démocrates.
À noter qu'aucune enquête officielle n’a jamais confirmé la présence de fraude lors de l'élection de 2020. Trump a même nommé un responsable de la sécurité électorale pour revoir ses affirmations, mais aucune preuve significative n'a été trouvée, comme le rapporte Reuters.
Les mensonges autour de l'élection de 2020 servent également à détourner l’attention de revers subis sur la scène mondiale. En décembre, alors que la guerre en Ukraine persiste, Trump a évoqué l'élection truquée de 2020 comme le déclencheur d'événements menant à l’invasion russe. Cet épisode électoral est devenu un test de loyauté pour de nombreux candidats républicains, qui se sentent contraints de soutenir la narrative de Trump, même devant des sénateurs démocrates.







