Les Péruviens se retrouvent ce dimanche face à un choix crucial, devant élire leur président dans un contexte de désillusion politique et d'exaspération croissante face à la criminalité. Keiko Fujimori, candidate conservatrice et fille de l'ancien président Alberto Fujimori, affronte Roberto Sanchez, un candidat de gauche peu connu, pour devenir le neuvième président en dix ans.
Les derniers sondages montrent un duel serré; aucun des deux prétendants n'ayant réussi à obtenir un large soutien lors du premier tour, où ils ont cumulé à peine 30% des voix. Omar Cubas, un administrateur de 35 ans à Lima, résume la situation en disant : "Nous sommes entre le marteau et l'enclume".
Keiko Fujimori, âgée de 51 ans, brigue la présidence pour la quatrième fois. Elle se réclame d'un héritage complexe : bien que ses partisans saluent ses efforts pour stabiliser l'économie et pour la lutte contre les guérillas dans les années 1980 et 1990, elle est aussi marquée par des accusations de corruption et de crimes contre l'humanité.
Roberto Sanchez, ancien ministre de 57 ans, effectue son entrée sur la scène politique, soutenu par des électeurs des régions andines, souvent négligées par le pouvoir central. Toutefois, il fait face à des accusations de financement illégal de campagne, qu'il rejette.
Quel que soit le résultat, le futur président héritera d'une nation en proie à une crise politique persistante qui a vu huit présidents se succéder depuis 2016. La situation est exacerbée par une loi autorisant le Parlement à destituer le président pour "incapacité morale permanente", un terme flou qui inquiète de nombreux citoyens.
David Sulmont, analyste politique, souligne que l'antifujimorisme, bien que diminutif, reste puissant, et que l'ignorance du public envers Sanchez pourrait remettre en question la légitimité de celui qui l'emportera. "S'il y a peu de voix d'écart, le vainqueur risque d'être contesté", avertit-il.
La criminalité est une préoccupation majeure pour les électeurs, avec près de 70% espérant que le prochain Président priorisera la lutte contre ce fléau. En 2025, Lima a enregistré 23 homicides pour 100 000 habitants, une augmentation alarmante par rapport aux cinq dernières années.
Keiko Fujimori propose de déployer l'armée pour soutenir la police et de démanteler les réseaux criminels, tout en expulsant les étrangers condamnés. Lors de son dernier meeting à Lima, elle a affirmé : "Nous représentons le progrès, eux le recul".
À l'inverse, Roberto Sanchez plaide pour un renforcement des institutions et une réforme de la police, affirmant : "Nous voulons une démocratie et une justice sociale". L'héritage politique de l'ancien président emprisonné Pedro Castillo, dont il revendique les idées, accompagne son discours.
La dynamique de campagne de Sanchez a évolué, attirant un discours plus modéré, insistant sur la nécessité du consensus. Près de 27 millions de citoyens se dirigent vers les urnes, rappelons que le vote est obligatoire. Le prochain président prendra ses fonctions le 28 juillet, dans un climat de tension palpable.
Les bureaux de vote ouvriront à 07H00 (12H00 GMT) et fermeront à 17H00 (22H00 GMT).







