L'élément central du voyage du pape en Espagne, qui a débuté à Madrid, se déroule ce mercredi avec une messe à la Sagrada Família de Barcelone. À cette occasion, Léon XIV bénira la tour de Jésus-Christ, la plus haute de la basilique, pour célébrer le centenaire de la mort d'Antoni Gaudí. Le chantier, entamé il y a 144 ans, approche enfin de son achèvement.
Bien que la Sagrada Família ne soit pas encore complètement terminée, son apparence actuelle est presque définitive. En février dernier, une immense croix blanche a été installée au sommet de la plus haute tour, portant la basilique à 172,5 mètres de hauteur. Aujourd'hui, elle est reconnue comme la plus haute église catholique au monde. Depuis la consécration de la nef par le pape Benoît XVI en 2010, les travaux, financés exclusivement par les visiteurs, ont progressé de manière spectaculaire. Actuellement, 90 % du chantier est achevé et les grues ont pratiquement disparu. "C’est profondément émouvant de constater que l’on entre dans la phase finale," témoigne Stéphanie Orcel, historienne de l’art vivant à Barcelone.
"Enfant, mon père, architecte, m'amenait ici. Il me prenait la main et me racontait l’histoire de cet édifice. À l’époque, dans les années 1980, c’était exceptionnel car nous étions seuls ! Ce n’était pas encore un lieu touristique," se souvient-elle avec nostalgie.
La bénédiction de la tour de Jésus-Christ constitue une étape significative dans l’histoire de cette œuvre moderniste. "C’est vraiment émouvant ! J'ai pleuré le 20 février lorsque la croix a été posée au sommet. Et maintenant, la venue du pape… c'est fantastique !" souligne une locale. Si Barcelone semble aujourd'hui graviter autour de la Sagrada Família, son histoire a pourtant été marquée par les critiques. "Le chantier a suscité des controverses dès le départ," explique Eusebi Vila i Delclòs, artiste peintre dont le père a réalisé les vitraux de l'édifice. Pendant plusieurs décennies, l'église inachevée a été négligée et dénigrée. En 1965, des figures emblématiques telles que Joan Miró et Le Corbusier ont même appelé à l'arrêt des travaux. Aujourd'hui, certains Barcelonais jugent encore la basilique "disproportionnée" ou "kitsch".
L’entrée principale à construire
"Il est vrai que la Sagrada Família attire surtout des touristes, qui affluent en grand nombre ici, mais les Barcelonais l'ont finalement adoptée," analyse Eusebi Vila. "Cependant, une chose est certaine : l'intérieur est une expérience complètement différente. On est émerveillé par le jeu de lumière et ces colonnes évoquant une forêt."
La visite de Léon XIV coïncide avec le centenaire de la mort d’Antoni Gaudí, décédé à la suite d'un accident de tramway. Fortement attaché à son identité catalane, il a même été emprisonné pour avoir parlé sa langue. Parfois décrit comme l'"Architecte de Dieu", il pourrait être béatifié par le Vatican. Bien qu'il ait vécu dans l'oubli pendant de nombreuses années, Gaudí est aujourd'hui célébré à travers divers événements à Barcelone.
La Sagrada Família a accueilli près de 4,8 millions de visiteurs l'an dernier, dont 7 % de Français, mais des travaux restent encore à réaliser. La construction de l’entrée principale, la façade de la Gloire, est particulièrement délicate. En effet, la création d’un escalier monumental nécessitera la démolition de plusieurs bâtiments habités, entraînant l'expropriation de nombreux habitants. Les travaux doivent s'achever en 2034, marquant l'achèvement d'un magnifique chapitre dans l'histoire de Barcelone.







