Les paysages des Pouilles, autrefois prospères grâce à leurs oliviers majestueux, apparaissent aujourd'hui ravagés, avec des troncs mutilés et du bois sec. La région fait face à une lutte acharnée pour se réinventer après le passage dévastateur d'une bactérie meurtrière, la Xylella fastidiosa.
Avant l'apparition de cette maladie en 2013, on dénombrait près de 60 millions d'oliviers dans le sud de l'Italie. Aujourd'hui, le chercheur Franco Valentini de l'Institut d'agronomie méditerranéenne de Bari, rapporte qu'environ six millions d'entre eux ont déjà succombé, tandis que 20 millions sont atteints et condamnés.
À Torre Guaceto, quelques oliviers parviennent encore à conserver quelques feuilles. M. Valentini souligne: "Plus nous descendons vers le sud, plus la végétation se couvre d'un gris mélancolique". La Xylella fastidiosa, proliférant grâce à des insectes, attaque les vaisseaux de l'arbre, le condamnant à mourir lentement de soif et de faim.
Cette bactérie, qui aurait été introduite via un arbre ornemental d'Amérique centrale, a frappé un territoire riche en oliviers que l'on avait plantés au 18e siècle pour alimenter l'Europe en huile d'éclairage. De ce fait, des séquoias historiques, certains remontant à la fin de l'Empire romain, ont également été décimés.
- Pas de remède -
Le changement climatique aggrave la situation. Comme l'indique M. Valentini, lorsque la sécheresse règne, "l'unique verdure que l'insecte parvient à dénicher est l'olivier". Bien que des progrès en matière de diagnostic et de suivi aient été réalisés, il n'existe actuellement aucun traitement efficace contre cette bactérie. Comme l'a noté M. Valentini, "les États-Unis luttent contre la Xylella dans les cultures de vigne depuis plus de 130 ans sans succès notable".
Pour l'heure, des mesures préventives sont mises en œuvre, comme le désherbage au printemps pour éliminer les larves et des traitements ciblés pour réduire la population d'insectes vecteurs. Des zones tampons avec surveillance rigoureuse ont également été mises en place pour contenir l'expansion de la maladie.
La coopérative oléicole Cima di Bitonto, représentant 300 producteurs du nord, a eu la chance de n'identifier qu'un cas d'infestation, souligne son président Mario Sannicandro. "Nous avons dû arracher des arbres. C'est la seule option viable".
Malgré les débuts chaotiques, marqué par le déni et des théories complotistes, la région commence à retrouver une certaine paix intérieure. En Europe, la Xylella a été repérée dans des pays comme la France, l'Espagne et le Portugal, mais sans provoquer de destructions aussi vastes qu'en Italie. Selon l'Agence européenne de sécurité alimentaire (EFSA), 750 espèces végétales peuvent potentiellement accueillir ce pathogène.
"Dès son arrivée sur un nouveau territoire, la Xylella peut se trouver un nouvel hôte", note M. Valentini, occupant un rôle clé dans l’analyse des dégâts variés qui en résultent. Dans les Pouilles, le coup porté à l'industrie de l'huile d'olive et au paysage culturel est immeasurable.
- Laboratoire -
Des chercheurs ont réussi à identifier quatre variétés d'oliviers considérées comme résistantes. Cependant, ces cultivars, moins populaires auprès des agriculteurs, produisent une huile au goût moins familier. "C'est notre unique espoir dans les zones sinistrées", commente M. Valentini.
Leur culture, plus intensive et nécessitant de l'eau, reste problématique dans un secteur déjà touché par la sécheresse. Pour redynamiser cette région, un rapprochement entre élus, chercheurs et agriculteurs a été initié dans le District agricole du Salento ionien, soutenu par l'État.
L'objectif : bâtir une agriculture "plus durable", explique Pantaleo Piccinno, président de l'initiative. "Un grand désastre peut mener à une nouvelle vision", affirme-t-il, insistant sur l'importance d'une diversité des cultures comme barrière naturelle contre la propagation de la Xylella.
Un atlas climatique sur 30 ans a été élaboré pour guider cette transition. Des avocatiers, manguiers, noyers et grenadiers ont été plantés dans les zones où l'eau est disponible. Heureusement, la région bénéficie d'un climat humide grâce à sa situation géographique entre deux mers.
"Replanter tous les oliviers est irréaliste", conclut M. Piccinno. "Nous devons concentrer nos efforts sur les zones rentables". Dans un contexte où l'olivier était historiquement géré par des familles, la nécessité d'un nouveau modèle de regroupement des petites exploitations émerge, transformant le Salento en un véritable "laboratoire social" pour l'avenir agricole.







