"Les jihadistes nous ont averti que personne n'irait aux champs cette année." Pour un habitant de la région, les règles sont claires : plus de musique, pas de cigarettes ni d'alcool. Chaque jour est vécu dans la peur d'une nouvelle attaque.
De l'ouest du Mali au lac Tchad, l'AFP a recueilli des voix de ceux qui vivent sous l'ombre des groupes jihadistes dans une zone équivalente à un quart de l'Union européenne. Chaque jour, des millions de personnes se retrouvent piégées entre la tyrannie de ces groupes.
La situation a gravement dégénéré ces dix dernières années avec l'émergence de groupes tels que JNIM, l'État Islamique (EIS) et Boko Haram. Selon l'ONU, le Sahel central serait à un "dangerux point de basculement". Leurs diverses méthodes d'action ont laissé des milliers de morts.
D'après une analyse d'Acled, ces groupes ont doublé leurs attaques dans la région depuis 2020. En 2026, des attaques retentissantes ont eu lieu dans des capitales sahéliennes : deux frappes à l'aéroport de Niamey, et une attaque simultanée contre le Mali.
"Ce qui était auparavant limité au nord du Mali s'est étendu à toute la région, rendant ces groupes capables de mener des opérations sur de vastes territoires", explique Héni Nsaibia, analyste à Acled.
Le général américain Dagvin Anderson note que l'Afrique est désormais l'épicentre du terrorisme mondial, soulignant que 86% des opérations de l'État islamique ont eu lieu sur le continent au début de 2026.
Les pays de cette région, qu'ils soient dirigés par des juntes ou des régimes démocratiques, peinent à faire face à cette montée en puissance, tant territoriale qu'idéologique. De plus, des acteurs comme la Russie prétendent avoir pris le relais dans la lutte antijihadiste, sans résultats significatifs.
Au Mali, les jihadistes ont récemment étendu leur emprise, notamment vers le sud et la ville de Nioro-du-Sahel, où ils imposent leur loi. "Il y a de nouvelles règles" nous confie un habitant, "Pas de musique profane, pas de cigarettes, pas d'alcool." Un impôt sur les récoltes est également prélevé par les jihadistes, qui promettent protection en échange.
En dépit des exactions, certains habitants préfèrent la justice proposée par les jihadistes au désordre existant : "Ils ne prennent pas de pot-de-vin et tranchent selon la charia" dit un résident. Mais malgré leur capacité à instituer des régimes d'autorité, la brutalité reste leur méthode privilégiée pour établir leur contrôle.
À Dourtenga, un habitant évoque la terreur qui s'installe dans les écoles, rappelant une récente attaque où le village a été détruit. D'autres parts, Boko Haram continue de régner dans la région de Borno au Nigeria, où les populations sont désormais sous pressions de taxes imposées pour pratiquer une agriculture de subsistance.
Les zones de paix se font rares dans le Sahel central. Un citoyen de Téra témoigne : "Nous vivotons. Les activités économiques sont désormais atrophiées par la peur des groupuscules jihadistes. La domination jihadiste s'enracine", déclare Jean-Hervé Jézéquel, expert à l'International Crisis Group.
L'avenir semble préoccupant, en particulier avec la progression de ces groupes vers les côtes de l'Afrique de l'Ouest, où des recrutements intensifs se poursuivent, notamment au Togo et au Bénin. L'émergence d'un islam radical, lié à la désillusion des populations face à des États incapables de garantir la sécurité, constitue un terreau fertile pour les jihadistes.
Alors que la coopération entre États sahéliens s'effondre, la voix d'un responsable ivoirien rappelle que pour combattre cette menace grandissante, il est impératif d'unir nos forces. Les accents d'une dynamique collective semblent désormais être le seul espoir.







