Le cimetière général de Caracas est submergé par la douleur ce lundi, alors que le pays fait face aux conséquences tragiques de deux séismes d'une magnitude de 7,2 et 7,5 survenus le 24 juin. Le bilan provisoire fait état d'au moins 1 943 morts, tandis que des dizaines de milliers de personnes restent portées disparues. Les crémations s'enchaînent dans la douleur, alors que les funérariums travaillent sans relâche pour inhumer ou incinérer les victimes.
Dans ce contexte bouleversant, les cheminées du crématorium propagent des fumées épaisses entre les larmes des familles attristées. Les proches des victimes rendent un ultime hommage à leurs êtres chers dans ce lieu déjà saturé. Chaque jour, entre 60 et 70 services funéraires s'y déroulent, alors que les employés s'efforcent de creuser de nouvelles fosses, témoignant des demandes désespérées d'aménager entre 100 et 200 tombes, selon les déclarations d'un fonctionnaire du cimetière.
"Une personne spéciale"
Aux abords du crématorium, une adolescente, en larmes, crie : "Maman, je t’aime !" La famille d’Emir Pérez, décédé avec son épouse et deux enfants à La Guaira, vit un cauchemar. "Il était une personne spéciale, il nous a tous appris quelque chose," se souvient, les larmes aux yeux, l’un de ses frères. La sœur de la victime, Dary, raconte avoir été incapable de trouver une tombe : "Tous les cimetières sont saturés... ils ont aménagé des niches pour inhumer."
Sergio Vergara, oncle d’Emir, évoque l’horreur d’avoir retrouvé son neveu enseveli sous les décombres : "C’était horrible de le sortir, lui et ses enfants..." Après des jours à déblayer les débris à mains nues, il confie son angoisse de devoir vivre sous un toit devenu précaire.
"Seulement en photo"
Les fours à crémation ne cessent de fonctionner, relâchant de nouvelles volutes de fumée. Keila Fernandez a dû faire incinérer sa sœur cinq jours après le tremblement de terre : "Nous ne l’avons même pas vue, nous l'avons seulement vue en photo." Les familles, réunies dans leur chagrin, partagent des souvenirs d'angoisse lors des recherches de leurs proches et font état d'un sentiment d'abandon face aux autorités. "Il y a tant de pétrole ici, et même pas une excavatrice pour dégager les décombres !" s'indigne un proche.
Cet épisode tragique illustre non seulement la crise naturelle à laquelle fait face le pays, mais aussi une problématique plus large d’incapacité à répondre aux besoins urgents des victimes dans un contexte déjà difficile. En attendant, les familles subissent le vide laissé par ceux qu’elles ont perdus, un vide que rien ne pourra jamais combler.







