Une situation tendue
Les dirigeants du parti d'extrême droite allemand AfD ont été reconduits à leurs postes lors d'un congrès à Erfurt (est) ce samedi, malgré une mobilisation massive de manifestants antifascistes. Ces derniers, estimés à près de 50 000 selon les organisateurs, ont bloqué des axes routiers pour tenter d'entraver l'accès au congrès.
Les délégués ont réélu les coprésidents, Alice Weidel et Tino Chrupalla, renforçant ainsi la position de l'AfD, perçue comme la première force d'opposition pour les élections législatives de 2025. Dans un discours sans équivoque, Weidel a clamé : "Nous sommes le nouveau parti populaire en Allemagne", tandis que des sondages prédisent une forte percée de l'AfD dans l'est du pays, notamment en vue des élections régionales en septembre.
Un contexte historique
Le congrès s'est tenu en Thuringe, région qui abrite une faction radicale de l'AfD dirigée par Björn Höcke, connu pour sa rhétorique controversée sur l'histoire nazie allemande. Le choix de la date a suscité de vives réactions, étant donné qu'il coïncide avec le centenaire d'un congrès nazi tristement célèbre à Weimar, à proximité. Bien que l'AfD ait qualifié cela de simple coïncidence, de nombreux manifestants y ont vu une provocation.
Un des participants à la manifestation, Lene Krug, 19 ans, résidant de Gera, a déclaré à l'AFP : "Il est important d'envoyer un signal contre la dérive vers la droite. L'AfD diffuse la haine." Pendant ce temps, une autre protestataire, Ella, a exprimé ses craintes : "1933 à 1945 ne doit plus jamais se reproduire". Cela reflète la douleur persistante liée à l'héritage du nazisme en Allemagne.
Des tensions maintenues en éveil
Bien que la journée ait été marquée par des tensions, la majorité des manifestations sont restées pacifiques, malgré quelques incidents isolés où la police a utilisé des sprays au poivre. Tino Chrupalla a réagi en accusant les manifestants d'avoir été manipulés par "les partis de l'establishment".
Dans un contexte de crise économique et de montée des tensions migratoires, l'AfD se positionne pour la première fois comme un sérieux concurrent dans le paysage politique allemand. Les observateurs s'inquiètent de l'alors fébrilité du débat sur la mémoire collective et le passé nazi, avec des membres influents de l'AfD minimisant les crimes historiques et flirtant avec des groupes extrémistes de droite.
Lors de ce congrès, une motion destinée à réviser la "liste d'incompatibilité" du parti, qui restreint les alliances avec certains groupes extrémistes, a été retirée sous la pression de la direction. Toutefois, Weidel a promis que des révisions auraient lieu dans l'année. Cette dynamique soulève des interrogations sur l'avenir de la politique allemande et la place de l'AfD sur l'échiquier politique.







