L’Algérie et le monde des intellectuels sont en deuil suite au décès de Mohammed Harbi, un historien influent, survenu jeudi soir à Paris à l'âge de 92 ans. Connu pour ses analyses critiques et ses remises en question des récits officiels relatifs à la guerre d’indépendance algérienne, Harbi a marqué de son empreinte l'étude de l'histoire contemporaine du pays.
Hospitalisé en raison d'une infection pulmonaire, il a lutté durant quatre jours avant de succomber, comme l’a indiqué son ami Ali Guenoun. Ce dernier, enseignant à la Sorbonne, a salué les contributions inestimables de Harbi, le qualifiant de « figure de la lutte pour l'autodétermination et l'émancipation du peuple algérien ».
Né le 16 juin 1933 à Skikda, Harbi a commencé à s'engager dès son jeune âge contre la colonisation française. Après des études à Paris, il a rejoint le Front de libération nationale (FLN) et a été un acteur clé dans le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), en étroite collaboration avec des figures comme Krim Belkacem, signataire des accords d'Evian qui ont mis fin à la colonisation.
Après l’indépendance, Harbi a occupé des fonctions au sein du cabinet d'Ahmed Ben Bella, le premier président algérien, mais a rapidement dénoncé le « régime totalitaire » instauré par un coup d'État militaire en 1965, ce qui lui a valu cinq années d'incarcération suivies de résidence surveillée.
En 1973, il s'exile en France, où il se consacre pleinement à ses travaux académiques, publiant des ouvrages marquants tels que « Le FLN : mirage et réalité », qui remet en question la concentration des pouvoirs dans un parti unique. Cet ouvrage a suscité de vives controverses et demeure une référence essentielle pour les historiens et les étudiant.e.s.
Ali Guenoun a précisé que Harbi a œuvré « tant par ses écrits que par son combat politique à la construction d'une société juste et égalitaire ». Son appel à la paix et à l’unité parmi les nations reste une résonance forte de son héritage, qu'il a exprimée dans ses dernières déclarations : « œuvrons tous ensemble pour construire une nation de citoyens et vivre en paix avec nos voisins ».
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a exprimé ses condoléances, affirmant que « la disparition de Harbi constitue une perte inestimable pour l’Algérie ». Son travail continue d’inspirer des générations d’intellectuels, et son décès souligne une fois de plus l'importance cruciale des voix critiques dans l'exploration et la compréhension de l'histoire nationale.







