Paris (France) - Alors que le congé de paternité a été porté à 25 jours en 2021, les travailleurs indépendants semblent réticents à en profiter. Un récent rapport de l'Institut national d'études démographiques (Ined) révèle que seulement 40 % d'entre eux prolongent leur congé au-delà de la semaine minimale imposée.
« La gestion de mon entreprise ne me permet pas de m'absenter », témoigne un viticulteur du Vaucluse qui a tenté d'« aménager ses horaires ». À 30 ans, il estime que la présence de la mère est primordiale pour l'enfant, tandis que le père doit rester actif dans son travail.
Malgré la possibilité d'un congé parental plus long, 60 % des indépendants optent pour le minimum légal. Antoine Andrieux, charpentier dans la région lyonnaise, concède avoir pris 25 jours tout en poursuivant une partie de son activité : « J'étais sur mon ordinateur, faisant des devis et des factures. » Moins de 20 heures par semaine ont suffi pour lui.
Un dilemme constant
Stanislas Brocard, conseiller en gestion de patrimoine, partage une expérience similaire : « Je ne veux pas laisser mes clients sans nouvelles. » À 26 ans, il avoue que la rémunération du congé de paternité n'est pas suffisamment attractive pour un indépendant. Les indemnités, qui s'élèvent à 64,52 euros par jour, contrastent fortement avec les 80 % du salaire que touchent les employés en CDI.
Les craintes de perdre des clients ou de se priver d'opportunités commerciales se révèlent être des obstacles majeurs. Selon Ludovic Viévard, qui a supervisé une étude pour la Direction statistique de la santé et des solidarités (Drees), des indépendants préfèrent sacrifier leur congé plutôt que de risquer des pertes financières durant des périodes cruciales.
En revanche, les salariés en CDI semblent mieux tirer parti de leur congé de paternité. D'après l'Ined, près de 90 % d'entre eux prennent plus d'une semaine. Renaud Laborde, 26 ans, travaille dans un cabinet de conseil et compte profiter pleinement de son congé, qu'il considère comme essentiel pour le bien-être familial.
La réforme de 2021 cherchait à renforcer les liens entre père et enfant, ainsi qu'à promouvoir une répartition plus équilibrée des responsabilités parentales. Marie-Nadine Prager, présidente du PA.F, plaide pour un congé de paternité obligatoire et intégral pour tous. « Quand on est indépendant, c’est un choix, mais il faudrait une meilleure réglementation », souligne-t-elle.







