Considérées comme du "butin de guerre", les femmes yazidies ont été réduites à des "objets sexuels". Ce mardi, lors du procès par défaut du jihadiste français Sabri Essid, un témoin a relaté à Paris les horreurs vécues par ces femmes et filles entre 2014 et 2016, à l'époque où l'Etat islamique (EI) menait ses offensives.
Le procès, qui se tient pour la première fois en France en lien avec le génocide des Yazidis, entend faire la lumière sur des faits méconnus. Bazhad Farhan, un homme de 38 ans, a témoigné de son combat pour préserver la mémoire des victimes et obtenir justice pour sa communauté. À la tête de l'association Kinyat, il a notamment rassemblé des documents sur les victimes et a œuvré pour libérer, en les rachetant, plus de cinquante femmes et fillettes capturées par les jihadistes.
Pour ce faire, il a infiltré des groupes de combattants sur des plateformes comme Telegram, où les membres de l'EI annonçaient la vente d'êtres humains. Ces annonces, parfois aussi cyniques qu'absurdes, évoquaient des transactions où les femmes étaient échangées comme des biens, illustrant le degré d'inhumanité atteint par ces groupes.
Un rapport d’une enquêtrice de l’Office central de répression des violences contre les personnes (OCRVP) a révélé l'existence d'une véritable "organisation structurée" dédiée à la traite d'êtres humains, où les victimes étaient classées et revendues comme des marchandises. Les récits de femmes, pour la plupart absentes au procès, racontent des histoires de souffrances endurées dans ce qui était décrit comme des "marchés aux esclaves".
"Daech considérait ces femmes et ces enfants comme du butin", a expliqué Bazhad Farhan. Il a poursuivi en détaillant la procédure par laquelle les femmes capturées devaient prononcer la profession de foi pour être déclarées musulmanes, mais demeuraient néanmoins des esclaves. Les tarifs pour ces femmes variaient de 3 000 à près de 10 000 dollars en fonction de leur apparence, tandis que les jeunes filles pouvaient être vendues jusqu'à 14 000 dollars.
Une réflexion troublante a été soulevée par le président de la cour, suggérant que les petites filles, achetées jeunes pour des gains futurs, devenaient des investissements, susceptibles d'être exploitées à leur maturité. L'horreur de la situation est telle que Bazhad Farhan a affirmé : "Tout à fait, c'était des objets sexuels".
Les petits garçons, quant à eux, étaient également vendus, allocataires d'une valeur marchande inférieure, et formés au combat une fois qu'ils atteignaient l'adolescence. Ce procès a non seulement pour but de rendre justice mais également de garder vivante la mémoire de ces victimes oubliées, un impératif moral que rappelle Farhan à chaque prise de parole.







