Dans une salle d'un lycée reconverti en centre d'accueil pour déplacés, Ahmad Melhem fait de son mieux pour suivre un cours en ligne sur sa tablette. Comme des centaines de milliers d'élèves libanais, il se voit contraint de suspendre sa scolarité à cause du conflit qui ravage le pays.
"Nous faisons tout pour continuer à apprendre et à réaliser nos aspirations", témoigne cet adolescent de 17 ans à l'AFP, alors que plusieurs cours à distance ont récemment repris.
Depuis le début des hostilités le 2 mars, famille d'Ahmad a été forcée de quitter leur domicile dans la banlieue sud de Beyrouth, régulièrement frappée par l'armée israélienne. Ce soulèvement a été déclenché après que le Hezbollah a tiré des roquettes en réponse à l'assassinat du guide suprême iranien, Ali Khamenei, au cours de l'offensive américano-israélienne contre l'Iran le 28 février.
Avec d'autres déplacés, la famille d'Ahmad a trouvé refuge dans un lycée à Beirut. "Nous avons risqué nos vies pour récupérer nos livres", confie-t-il, déterminé à terminer son lycée malgré les bombardements incessants.
- "La guerre a tout détruit" -
D'après les chiffres fournis par l'Unicef, près de 500 000 élèves ont été contraints d'abandonner leurs cours. Environ 350 écoles publiques ont été transformées en centres d'accueil, tandis que celles situées dans les zones touchées par les bombardements sont fermées pour une durée indéterminée. Les répercussions sont dramatiques, avec plus de 1 100 personnes, dont 122 enfants, tuées et plus d'un million déplacées, selon les autorités libanaises
Dans ce refuge, Ahmad a créé un espace pour étudier, plaçant ses livres et un écran d'ordinateur tout en étant privé d'une connexion internet. Son école a commencé à dispenser des cours à distance deux semaines après le début du conflit, mais les matières optionnelles ont été suspendues et les leçons sont écourtées.
Une ONG a réussi à installer une connexion internet dans la cour, mais Ahmad peine à se concentrer avec tant de distractions. "Les projets de groupe et les expériences en classe me manquent", avoue-t-il, décrivant l'enseignement en ligne comme moins motivant. Sa mère, Amira Salameh, tente également de soutenir son fils de huit ans pour qu'il suive ses cours en ligne.
"S'il reste seul, il se met à rêvasser", admet-elle. "La guerre a tout dévasté ; l'éducation est la seule chose qui reste à mes enfants."
- "Fracture numérique" -
L'Unicef exprime des préoccupations spécifiques concernant les élèves de terminale, comme Ahmad, qui doivent passer le baccalauréat cette année, afin qu'ils puissent accéder à l'université l'année prochaine. Une autre inquiétude est le risque d'abandon scolaire pour les filles, en raison de la menace de "mariages forcés", souligne Atif Ratique, directeur de l'éducation de l'Unicef au Liban.
À Dekwaneh, un lycée professionnel au nord de Beyrouth, Aya Zahran, 17 ans, s'affaire à rendre le lieu habitable après avoir fui également la banlieue sud. "Nous partageons un seul téléphone pour les cours en ligne, mais souvent, les liens fournis par l'école publique ne fonctionnent pas", explique-t-elle, illustrant le manque de ressources dans les établissements publics.
Ce manque d'accès à l'éducation virtuelle alimente une "fracture numérique" entre les élèves, en particulier ceux des régions les plus touchées par le conflit. Pour pallier cela, le ministère de l'Éducation et l'Unicef ont lancé une plateforme de cours préenregistrés, ainsi qu'un service d'assistance téléphonique permettant aux élèves de contacter un professeur sans connexion internet.
Nassima Ismaël, déplacée de l'est du pays, lance un appel à protéger l'éducation de ses enfants : "Ils sont brillants, je ne veux pas qu'ils abandonnent comme nous l'avons fait à leur âge", se remémore-t-elle, citant son enfance marquée par la guerre civile (1975-1990).







