Un nouveau rapport parlementaire fait état de plusieurs insuffisances dans la gestion de la crise des laits infantiles, révélant des manquements à la fois de l'État et des industriels. Des appels à une action rapide et efficace ont été formulés.
Mathilde Hignet, députée LFI et co-rapporteure de cette mission, souligne que ce rapport est crucial pour les familles qui attendent des explications sur les dysfonctionnements observés. Elle a déclaré à l'AFP que ce document devrait permettre de mieux comprendre l'affaire, qui a éclaté en décembre 2025 suite au rappel de lots par Nestlé, en raison de la présence possible de la toxine céréulide.
Les rappels ont été nombreux et concernaient plusieurs géants du secteur comme Danone et Lactalis, tous utilisant un même ingrédient – une huile fournie par le sous-traitant chinois Cabio Biotech. Les délais de réaction ont été critiqués, alors que des familles ont accusé les fabricants d’être lents et réticents à informer l'État.
« La crise des laits infantiles met en lumière des failles qui doivent être adressées », a indiqué Hignet. Selon son analyse, Nestlé, alertée de la contamination le 24 décembre, a mis plusieurs jours avant d'en informer les autres industriels, laissant ainsi les autorités dans l'incertitude.
La loi Egalim exige de notifier immédiatement l'État en cas de danger pour la santé publique, mais la Direction Générale de l'Alimentation (DGAL) a émis des doutes sur l'application de cette règle. La lenteur des réactions et le manque de diligence des industriels ont conduit les rapporteurs à signaler ces « manquements » à la justice.
Le rapport note également que la détection de la céréulide n’est pas systématique dans les contrôles, bien qu'elle soit le résultat d'une prolifération du Bacillus cereus, qui pourtant devrait être surveillé tout au long du processus de fabrication. Les experts pointent que cette situation pourrait remettre en question l'efficacité des contrôles en place.
Les rapporteurs critiquent aussi les ressources insuffisantes des autorités de contrôle, qui se reposent de plus en plus sur l’autocontrôle des entreprises. Ils se demandent pourquoi tous les lots contenant l'huile contaminée n'ont pas été retirés immédiatement, et affirment que cette hésitation pourrait avoir été motivée par des considérations économiques plutôt que par la sécurité des consommateurs.
Nestlé a répondu qu'une réaction précipitée aurait risqué d'entraîner des rappels incomplets. Néanmoins, des enquêtes de médias comme Radio France soulèvent des inquiétudes sur des retraits « discrets » de produits contaminés, accusations que Nestlé dénonce vigoureusement.
Foodwatch, une association de consommateurs, a exprimé des préoccupations similaires, suggérant que certains industriels auraient pu dissimuler des informations cruciales. Une enquête préliminaire a été ouverte suite à leur plainte, et les autorités sanitaires font aussi l'objet de critiques pour leur réactivité, ayant attendu plus d'un mois entre l'alerte et la notification formelle.
La situation reste délicate pour les familles, avec trois décès signalés comme potentiellement liés à ces produits, bien que deux cas aient depuis été exemptés de toute responsabilité liée au lait. Pour améliorer la situation, le rapport émet quatorze recommandations, appelant à renforcer les critères de sécurité, à revoir la réglementation sur les substances alimentaires pour enfants et à réformer les procédures d’alerte.







